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Une folle solitude, intermède

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1) La modification, anodine en apparence, du sens des poussettes, l’a conduit sur une piste. Celle d’un idéal d’autonomie. Les adultes se retirent dans la transmission, pour laisser les jeunes générations se construire par elles-mêmes, découvrir leurs propres valeurs en faisant preuve d’inventivité.

L’enquêteur, mû par la curiosité, interroge alors cette « autonomie ». Or il découvre, sous le masque attrayant de la liberté, un danger. La valorisation du changement, de la modernité, de l’autonomie fragilise considérablement le socle sur lequel la raison de l’enfant s’édifie. En effet, celle-ci se structure par un « principe de causalité » (enchaînement cause-conséquence) à l’œuvre dans la généalogie (les parents sont la première raison d’être des enfants), et manque de solidité dès que ce tuteur fait défaut.

Les risques encourus sont majeurs : la raison est aussi celle qui, dans une certaine mesure, domestique les forces de l’inconscient et impose une limite à la démesure des aspirations humaines (fantasmes, pulsions…). Sans elle, pas de reconnaissance possible de l’Autre (qui est toujours obstacle à l’absolutisation de soi), et donc pas de société viable.

 

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2) Averti, l’enquêteur part alors en quête de preuves. Il fouille les archives du mythe, relit les
récits fondateurs (la Bible), et tombe sur un premier cadavre : celui de l’interdit. Celui-ci avait pourtant une fonction essentielle : transmis par le Père, initiant à la Loi, il permettait de se familiariser progressivement avec la présence du négatif dans le monde. Considéré comme obstacle à la « liberté-autonomie », il fut mis au rencard.

L’interdit appartenait à une famille plus vaste, le « symbolique ». Le symbolique exerce, on l’a vu, une fonction compensatoire. Sans donner réponse à tout, il permet de surmonter la perte initiale (la complétude fusionnelle avec la mère) et, plus largement, de s’accommoder avec le « négatif » dans le monde. De son registre sont le langage, puis les constructions qui en découlent (rites, mythes, lois…), éclairant tant bien que mal le sens du cosmos, et désignant une place à chacun en son sein.

Bien entendu, l’enfant ne naît pas avec ces constructions symboliques, elles le précèdent. D’où le rôle des anciens (parents d’abord, institutions ensuite) : ils ont la charge immense d’initier et de communiquer à l’enfant ces constructions ; sans eux, l’accession à l’humanité adulte est rendue plus difficile : privés de l’interdit et d’un ordre qui pourrait leur être donné, ils se perdent à bricoler avec les vestiges qu’on leur laisse une personnalité et un monde à habiter. Quand ils y parviennent.

 

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3) Les dispositifs éducatifs qui se fondent sur cette illusion (autonomie dans l’apprentissage et idéal d’auto-construction) sont donc responsables de la crise, à laquelle ils donnent une légitimité théorique sous couvert de la « science » et de la « démocratie ». Idéologiquement, les sources en sont autant le libéralisme (qui dérégule au maximum les échanges pour laisser faire la « main invisible ») qu’un égalitarisme de gauche (réduire au maximum l’influence du « milieu » social pour que tous les enfants aient le même point de départ, et le même éducateur : l’école laïque).

Les résultats sont désastreux : des adultes désolidarisés de leurs origines, sans vraie armature symbolique (ou spirituelle) pour faire face à la pression du groupe, aux incitations mercantiles, et aux discours pervers (nihilistes, fanatiques, publicitaires ou fascisants). En d’autres termes, des êtres influençables dont la réflexion est soumise à la satisfaction de leurs pulsions.

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The-Bible,-Van-Gogh,-1885.jpgSur le plan de la foi, et du catéchisme des enfants, il en va de même. L'adulte est de plus en plus frileux à délivrer un enseignement d'autorité, se retranchant derrière une posture explicative ou informative. La phase d'inculcation ainsi négligée, la porosité, l'influençabilité de la jeunesse face aux discours faciles de la société a creusé dans les temples un trou d'au moins deux générations. Elle n'a plus l'armature nécessaire à un choix véritable, à l'exercice éclairé de sa responsabilité ; elle subit l'attraction de la conformité mortifère à l'esprit du temps.

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