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william h. willimon

  • Etrangers dans la Cité

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    Dans le monde, "l'Eglise doit être l'Eglise, et rien d'autre que l'Eglise". Cette déclaration donne le ton de cet ouvrage, qui souhaite rappeler la vocation de l'Eglise dans notre société.

     

    Plusieurs théologiens se sont fourvoyés, nous disent les deux auteurs, en tentant d'adapter le message de l'Evangile au monde afin de le rendre plus accessible et plus acceptable. Tentative ultime, selon eux, pour redorer le blason du christianisme qui aurait connu son âge d'or dans le passé. Il n'en est rien, nous disent-ils, car cette soi-disant société chrétienne n'a jamais existé ; elle n'avait de chrétien que le nom. Ils affirment même, dans le premier chapitre, que "si le monde était fondamentalement chrétien, alors il faudrait s'inquiéter pour l'Eglise" car l'événement décisif pour le chrétien est la mort et la résurrection du Christ, que le monde n'est pas prêt à recevoir.

     

    En ce sens, recevoir l'Evangile conduit à s'engager dans une nouvelle communauté : l'Eglise, que nos deux auteurs définissent comme une polis. Suivant les positions du théologien mennonite Yoder, ils proposent une nouvelle compréhension du politique. D'abord en disant que l'Eglise est une politique car elle est une communauté, mais cette communauté est étrangère. Ensuite, ils affirment que l'Eglise fait de la politique non en participant au bien du monde, ou en influençant la société, mais en vivant son message pleinement.

     

    En ce sens, ils nous répètent qu'être chrétien c'est accepter de "payer un prix, car il coûte, en notre temps, d'être disciple. Le troisième chapitre insiste sur le fait que ceux qui portent l'Evangile sont des hommes et des femmes ordinaires que vivent en Jésus-Christ. En ce sens, l'expression américaine "melting-pot" n'est que trop vague et bien hypocrite, qui permet au religieux de revêtir un "habit de fin lin" tout en continuant d'haïr, de mépriser, de rejeter. Le pardon véritable et la réconciliation ne s'habillent pas de slogans, mais sont le fruit d'une vie livrée à la suite du Christ crucifié.

     

    D'ailleurs, il n'est nullement besoin de chercher une éthique chrétienne, nous disent-ils, car "être éthique" signifie "être Eglise", autrement dit, vivre le message de l'Evangile dans un milieu hostile. Le quatrième chapitre invite à ne pas vivre seul ce message mais à trouver notre force dans la communion de l'Eglise en acceptant de dépendre des uns et des autres. Il faut donc sortir de ces débats oiseux entre conservateurs et libéraux, entre éthique de droite et de gauche, car les chrétiens doivent simplement accepter leur faiblesse au milieu du monde. Cette incapacité nous conduit à vivre dans l'interdépendance du corps de l'Eglise, communauté formée de ceux qui ont répondu à l'injonction de Jésus : "Suis-moi!".

     

    Il est donc impératif que les chrétiens ne cherchent pas à être des héros mais à vivre des hommes et des femmes fidèles à l'Evangile. "L'éthique ne demande rien de plus que cela : une personne ordinaire vivant une vie chrétienne devant d'autres personnes ordinaires."

     

    Dans le sixième chapitre, nos auteurs reviennent sur l'importance du ministère pastoral qui ne doit pas être vécu dans une forme d'isolement ou de solitude mais en collaboration avec l'Eglise. Ils remettent en question le "Ministère" avec un grand M pour favoriser la confrontation fraternelle. Attention, car l'essentiel du zèle pastoral et de l'Eglise ne puise pas dans des techniques psychologiques, mais dans le refus de sous-estimer "le scandale de la croix et la corruption de notre culture" concluent-ils!

     

    A coup sûr, cet ouvrage prend à rebrousse-poil tous les penseurs, théologiens, responsables et membres d'Eglise de notre temps. Le verdict radical posé par les auteurs implique une dépendance complète du message, tout aussi radical, de l'Evangile, pour continuer dans l'espérance. Nous sommes loin des méthodes empruntées au monde pour nourrir les rêves d'une église conquérante! : cette sorte de "dinette évangélique" affaiblit l'oeuvre de séparation contenue dans la croix et la résurrection de Jésus-Christ.

     

    Si l'on peut adresser quelques reproches à nos auteurs, on ne peut pas retenir celui d'une position qui conduirait à se retrancher du monde. Leurs détracteurs utilisent cet argument facile pour les déconsidérer et mieux justifier leurs ambitions, et le désir, naturel, d'échapper au rejet; il n'y a pas plus aveugle que celui qui ne veut pas voir!

     

    On peut par contre, regretter l'ambiguïté du terme "politique" dans leur développement, même s'ils prennent le soin de le définir précisément. Cet usage, sans doute un peu provocateur, perd en pertinence évangélique ce qu'il gagne en rhétorique. Cela dit, nous avons ici un ouvrage stimulant et fondamental si l'Eglise veut rester au service du message du Christ!