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virginie monnier

  • La haute finance protestante au temps de Balzac : Edouard André

    13801.jpgEdouard André (1833-1894) aurait pu être un personnage de la Comédie humaine. Fils de banquier, héritier richissime, collectionneur, il est un maître du nouvel ordre que dépeint Balzac au XIXe, régit par l'argent.

    Pas n'importe quelle banque. La Haute Banque protestante. Avec ses grandes familles (les Delessert, les Mallet, les Hottinguer...), ses alliances, les opérations réussies, les ratées aussi (toujours moins nombreuses). A cette époque, leur fortune vaut celle d'un Rotschild.

    Le lecteur suit l'impressionnante ascension des André au cours des siècles. Réformés de la première heure, ils s'installent à Nîmes en 1600 et fondent une maison de négoce qui prospère, puis s'internationalise en trois générations. L'étranglement du protestantisme sous Louis XIV ne les fait pas fuir; ils se dotent d'une structure à Gênes et à Genève, se diversifient. Au cours du XVIIIe, leur argent sert à améliorer le sort des galériens, mais ils se méfient de Paul Rabaut, des cultes au Désert ; les hommes sont aux affaires, lisent Voltaire, et les femmes s'édifient entre elles, au logis.

    Le XIXe est le théâtre de leur apogée, avec la fondation de leur banque parisienne et le succès de leurs différents placements : immobilier, chemin de fer, etc... Sur le plan religieux, ils sont bienfaiteurs de La Cause protestante; membres du Consistoire de Paris, acteurs de la Société de la morale chrétienne, etc... Philanthropie et notabilité font chez eux bon ménage. Mais ce sont les femmes, surtout, que l'on retrouve engagées, porte-feuille à l'appui, dans le Réveil. Mira André-Rivet, la grand-mère d'Edouard, est la doyenne des femmes qui se réunissent à la "Chapelle Taitbout", phare du revivalisme dans la haute société protestante. Elles financent les oeuvres, l'évangélisation, témoignent de leur expérience de conversion avec un zèle parfois dérangeant.

    Elevé dans ce climat, entre affaires et foi, Edouard perpétuera l'aide au protestantisme, mais se passionnera comme ses pères, pour sa collection d'art et la construction d'édifices dignes de l'accueillir. Jusqu'à léguer à la postérité cet hôtel splendide qui est aujourd'hui le Musée Jacquemart-André.

    Balzac disait qu'à l'origine de chaque grande fortune, il y a un crime. Nous n'en saurons rien. Mais c'est  un beau cas pratique à la Max Weber que nous expose ici Virginie Monnier : l'éthique protestante et l'esprit du capitalisme réunis dans une épopée familiale très dépaysante.

    A lire aussi : Daniel DESSERT, Les Daliès de Montauban, Une dynastie protestante de financiers sous Louis XIV, Perrin, 2005

    Et encore : Max WEBER, L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme, Pocket

    et pour les plus motivés : Herbert LUTHY, La banque protestante en France de la Révocation de l'Edit de Nantes à la Révolution, EHESS

    Visiter le site du Musée Jacquemart-André :

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