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théonomie

  • Chrétien, l'autre nationalité: le nouveau dossier de Christ Seul

    Chretien-l autre nationalite.jpgLa quête de reconnaissance des évangéliques dans l'espace public, leur désir d'influencer le politique, et de promouvoir des "valeurs chrétiennes" pose un problème théologique grandissant au sein des églises.

    L'enquête magistrale du sociologue Philippe Gonzalez (Que ton règne vienne, Labor et Fides), a récemment permis une prise de conscience des dangers de cette prétention.

    Le dernier dossier de Christ Seul (Editions Mennonites) revient, en quelques brefs articles, sur cet enjeu de taille : comment comprendre cette double appartenance du chrétien au Royaume de Dieu et à la "cité d'en-bas"?

    Pour ce faire, les auteurs questionnent différents slogans ayant cours dans le monde évangélique, véhiculés notamment par les chants de Jeunesse en Mission :

    Qu'est-ce que cela veut dire quand l'on proclame le nom de Jésus-Christ sur notre pays? Faut-il prier pour avoir un président chrétien? Faut-il militer pour une reconnaissance de l'héritage judéo-chrétien dans nos pays occidentaux ? Que penser de la devise "Changer les coeurs pour changer la nation", etc...

    Autant de questions abordées avec clarté, simplicité, et dont le mérite est de dévoiler les nouvelles confusions à la mode tout en insistant sur l'appartenance première du chrétien à la "cité d'en-haut".

    Ce dossier constitue une nouvelle étape dans la prise de conscience nécessaire de ces dérives, mais demanderait d'aller plus loin. Dans un article de 2005, paru dans Théologie évangélique, Sébastien Fath faisait une distinction utile entre la recherche d'une "Cité de Dieu" ou de "Dieu dans la cité". 

    Les évangéliques français seraient, en général, plutôt partisans de "Dieu dans la cité", c'est-à-dire d'une influence positive de la foi, dont les répercussions sociales accepteraient le jeu laïque/démocratique sans chercher de suprématie. Une ambition moindre que la "Cité de Dieu" et l'espoir d'un dominion chrétien, théocratique, où la Loi de Dieu serait imposée à toute la société.

    Or il me semble que "Cité de Dieu" et "Dieu dans la Cité" participent au fond d'un même état d'esprit, même s'il se coule dans des moules politiques différents, laïque/démocratique ("Dieu dans la Cité") ou théocratique ("Cité de Dieu"). Et cet esprit est celui que motive une quête de reconnaissance, de visibilité et, malgré tout d'appartenance au monde, sous prétexte de "témoignage" (quels compromissions ce terme n'aura-t-il pas suscité!). 

    Quoiqu'il en soit, un dossier qui arrive à point et rentre dans des préoccupations importantes. A lire, donc!

    Contributeurs: Neal Blough, Nicolas Farelly, Philippe Gonzalez,Christophe Paya, Michel Sommer, Marie-Noëlle von der Recke, Thomas Gyger.

  • "Que ton règne vienne" : les ambiguïtés du monde évangélique

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    "Le recul du protestantisme classique accompagnant la sécularisation de nos sociétés pousse les évangéliques à s'engager dans l'espace public."

    A partir du cas de la Suisse, le sociologue Philippe Gonzalez s'est intéressé à l'essor du mouvement charismatique. 

    Son imprégnation du monde évangélique (PG parle à juste titre de sa "charismatisation" via la "louange", les réseaux institutionnels et les ministères transnationaux invités lors de conventions) et son désir d'influencer le "politique" ne sont pas sans poser de sérieux problèmes, que l'auteur décrit très bien.

    En effet, la "transformation de la société" selon des "valeurs chrétiennes" est devenue une composante essentielle de la foi évangélique ; elle est un dogme que plus personne ne remet en question. Il n'est donc pas étonnant que la critique vienne d'un sociologue, dont les présupposés sont à discuter, et non d'un théologien. A croire que la volonté des évangéliques d'être visibles dans "l'espace public" musèle et inféode ses docteurs au nom de "l'unité". A croire aussi que la nostalgie d'une "chrétienté" utopique ait désorienté leur espérance, et que l'essor charismatique ne représente, malgré les absurdités doctrinales, l'opportunité de devenir une "force".

    C'est là tout le mérite du livre : mettre à jour les fondements historiques et idéologiques de l'engagement charismatique "dans le monde", ainsi que le désir théorisé d'une hégémonie (au sens de domination souveraine - de droit divin - exercée sur tous les domaines de la société : éducation, législation, culture, économie, etc...).

    Parmi ces fondements : la théologie du "dominion", ou du "mandat culturel" ; l'idée que Dieu aurait passé alliance avec des entités nationales en leur adressant une vocation - d'où une confusion entre l'Israël Ancien et des pays contemporains ; la "théonomie": doctrine selon laquelle la Loi de Dieu a une valeur universelle et son application serait source de bonheur pour tous... ainsi qu'une eschatologie optimiste : nous irions vers une société idéale qui verra s'établir le règne du Christ grâce à l'action des chrétiens (au secours!).

    Auparavant, la tendance piétiste majoritaire maintenait une séparation (à géométrie variable) entre le chrétien et le monde. Il manquait à la théonomie, intellectuelle et marginale, un relais qu'elle trouve aujourd'hui dans la mystique charismatique. C'est par elle, ses chants et sa pratique du combat spirituel, que se répand (ou se décomplexe) une théologie politique  et "intégriste" parmi les évangéliques (l'hypocrisie allant jusqu'à prétendre qu'imposer la Loi (de Dieu) aux Nations est le meilleur moyen de les "servir"):

    "D'ailleurs, bien que l'exubérance charismatique contribue à déstabiliser les appuis institutionnels des communautés, elle demeure relativement anodine pour la société, tant qu'elle reste centrée sur l'individu. Par contre, le danger survient au moment où cette spiritualité vise des collectivités politiques. Et c'est davantage le cas lorsqu'elle est associée à une théologie élaborée aux antipodes du charismatisme, parmi les néo-calvinistes, ces disciples cérébraux d'Abraham Kuyper... Alors la piété charismatique devient un combustible hautement dangereux que vient enflammer l'étincelle d'une idéologie réactionnaire." (p.40)

    Le livre, vivant, documenté, nous donne une analyse importante ; même si le risque me semble aujourd'hui bien plus grand pour l'Eglise que pour la démocratie. La religion ne fait jamais le deuil d'un paradis sur terre, c'est ce qui la rend dangereuse, pour le monde et pour la "vraie Eglise".