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théologie politique

  • Etrangers dans la Cité

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    Dans le monde, "l'Eglise doit être l'Eglise, et rien d'autre que l'Eglise". Cette déclaration donne le ton de cet ouvrage, qui souhaite rappeler la vocation de l'Eglise dans notre société.

     

    Plusieurs théologiens se sont fourvoyés, nous disent les deux auteurs, en tentant d'adapter le message de l'Evangile au monde afin de le rendre plus accessible et plus acceptable. Tentative ultime, selon eux, pour redorer le blason du christianisme qui aurait connu son âge d'or dans le passé. Il n'en est rien, nous disent-ils, car cette soi-disant société chrétienne n'a jamais existé ; elle n'avait de chrétien que le nom. Ils affirment même, dans le premier chapitre, que "si le monde était fondamentalement chrétien, alors il faudrait s'inquiéter pour l'Eglise" car l'événement décisif pour le chrétien est la mort et la résurrection du Christ, que le monde n'est pas prêt à recevoir.

     

    En ce sens, recevoir l'Evangile conduit à s'engager dans une nouvelle communauté : l'Eglise, que nos deux auteurs définissent comme une polis. Suivant les positions du théologien mennonite Yoder, ils proposent une nouvelle compréhension du politique. D'abord en disant que l'Eglise est une politique car elle est une communauté, mais cette communauté est étrangère. Ensuite, ils affirment que l'Eglise fait de la politique non en participant au bien du monde, ou en influençant la société, mais en vivant son message pleinement.

     

    En ce sens, ils nous répètent qu'être chrétien c'est accepter de "payer un prix, car il coûte, en notre temps, d'être disciple. Le troisième chapitre insiste sur le fait que ceux qui portent l'Evangile sont des hommes et des femmes ordinaires que vivent en Jésus-Christ. En ce sens, l'expression américaine "melting-pot" n'est que trop vague et bien hypocrite, qui permet au religieux de revêtir un "habit de fin lin" tout en continuant d'haïr, de mépriser, de rejeter. Le pardon véritable et la réconciliation ne s'habillent pas de slogans, mais sont le fruit d'une vie livrée à la suite du Christ crucifié.

     

    D'ailleurs, il n'est nullement besoin de chercher une éthique chrétienne, nous disent-ils, car "être éthique" signifie "être Eglise", autrement dit, vivre le message de l'Evangile dans un milieu hostile. Le quatrième chapitre invite à ne pas vivre seul ce message mais à trouver notre force dans la communion de l'Eglise en acceptant de dépendre des uns et des autres. Il faut donc sortir de ces débats oiseux entre conservateurs et libéraux, entre éthique de droite et de gauche, car les chrétiens doivent simplement accepter leur faiblesse au milieu du monde. Cette incapacité nous conduit à vivre dans l'interdépendance du corps de l'Eglise, communauté formée de ceux qui ont répondu à l'injonction de Jésus : "Suis-moi!".

     

    Il est donc impératif que les chrétiens ne cherchent pas à être des héros mais à vivre des hommes et des femmes fidèles à l'Evangile. "L'éthique ne demande rien de plus que cela : une personne ordinaire vivant une vie chrétienne devant d'autres personnes ordinaires."

     

    Dans le sixième chapitre, nos auteurs reviennent sur l'importance du ministère pastoral qui ne doit pas être vécu dans une forme d'isolement ou de solitude mais en collaboration avec l'Eglise. Ils remettent en question le "Ministère" avec un grand M pour favoriser la confrontation fraternelle. Attention, car l'essentiel du zèle pastoral et de l'Eglise ne puise pas dans des techniques psychologiques, mais dans le refus de sous-estimer "le scandale de la croix et la corruption de notre culture" concluent-ils!

     

    A coup sûr, cet ouvrage prend à rebrousse-poil tous les penseurs, théologiens, responsables et membres d'Eglise de notre temps. Le verdict radical posé par les auteurs implique une dépendance complète du message, tout aussi radical, de l'Evangile, pour continuer dans l'espérance. Nous sommes loin des méthodes empruntées au monde pour nourrir les rêves d'une église conquérante! : cette sorte de "dinette évangélique" affaiblit l'oeuvre de séparation contenue dans la croix et la résurrection de Jésus-Christ.

     

    Si l'on peut adresser quelques reproches à nos auteurs, on ne peut pas retenir celui d'une position qui conduirait à se retrancher du monde. Leurs détracteurs utilisent cet argument facile pour les déconsidérer et mieux justifier leurs ambitions, et le désir, naturel, d'échapper au rejet; il n'y a pas plus aveugle que celui qui ne veut pas voir!

     

    On peut par contre, regretter l'ambiguïté du terme "politique" dans leur développement, même s'ils prennent le soin de le définir précisément. Cet usage, sans doute un peu provocateur, perd en pertinence évangélique ce qu'il gagne en rhétorique. Cela dit, nous avons ici un ouvrage stimulant et fondamental si l'Eglise veut rester au service du message du Christ!

  • Dernier numéro de la Revue de la Mission Timothée

    Pour bien entamer 2016, voici le dernier numéro de Lumières reçues au fil du temps, publication semestrielle de la Mission Timothée.

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    Au sommaire, une méditation sur les paroles de Paul dans son Epître aux Philippiens (3.16) "Seulement, au point où nous sommes parvenus, marchons d'un même pas" - méditation sur la nature et les fondements de l'unité. Puis un article de synthèse sur l'histoire du piétisme, autour des figures de Spener, Francke et Zinzendorf. Un examen critique de la doctrine du "mandat culturel", mobilisatrice de "l'engagement" des chrétiens dans la Cité. Et enfin, un témoignage de Luc Warnon pasteur et pionnier des débuts de la Mission : "Souviens-toi des jours d'autrefois".

    Avec à la clef un encouragement à la lecture de cette revue prophétique, variée, édifiante, contenant des articles pour tous, et qui permet aussi de découvrir l'histoire et le message de la Mission. 

  • "Une nouvelle cité de Dieu?" La conférence de Philippe Gonzalez est en ligne

    philippe gonzalez,protestantisme évangélique,charismatisme,laïcité,le christianisme et la cité,théologie politique,sociologie religieuseLa conférence donnée par Philippe Gonzalez dans le cadre de notre cycle précédent, "Le protestantisme en voyage", est désormais en écoute libre sur le site de la Librairie Jean Calvin. Bonne écoute!

    Philippe Gonzalez // Une nouvelle cité de Dieu? // Conférence 

     

  • Chrétien, l'autre nationalité: le nouveau dossier de Christ Seul

    Chretien-l autre nationalite.jpgLa quête de reconnaissance des évangéliques dans l'espace public, leur désir d'influencer le politique, et de promouvoir des "valeurs chrétiennes" pose un problème théologique grandissant au sein des églises.

    L'enquête magistrale du sociologue Philippe Gonzalez (Que ton règne vienne, Labor et Fides), a récemment permis une prise de conscience des dangers de cette prétention.

    Le dernier dossier de Christ Seul (Editions Mennonites) revient, en quelques brefs articles, sur cet enjeu de taille : comment comprendre cette double appartenance du chrétien au Royaume de Dieu et à la "cité d'en-bas"?

    Pour ce faire, les auteurs questionnent différents slogans ayant cours dans le monde évangélique, véhiculés notamment par les chants de Jeunesse en Mission :

    Qu'est-ce que cela veut dire quand l'on proclame le nom de Jésus-Christ sur notre pays? Faut-il prier pour avoir un président chrétien? Faut-il militer pour une reconnaissance de l'héritage judéo-chrétien dans nos pays occidentaux ? Que penser de la devise "Changer les coeurs pour changer la nation", etc...

    Autant de questions abordées avec clarté, simplicité, et dont le mérite est de dévoiler les nouvelles confusions à la mode tout en insistant sur l'appartenance première du chrétien à la "cité d'en-haut".

    Ce dossier constitue une nouvelle étape dans la prise de conscience nécessaire de ces dérives, mais demanderait d'aller plus loin. Dans un article de 2005, paru dans Théologie évangélique, Sébastien Fath faisait une distinction utile entre la recherche d'une "Cité de Dieu" ou de "Dieu dans la cité". 

    Les évangéliques français seraient, en général, plutôt partisans de "Dieu dans la cité", c'est-à-dire d'une influence positive de la foi, dont les répercussions sociales accepteraient le jeu laïque/démocratique sans chercher de suprématie. Une ambition moindre que la "Cité de Dieu" et l'espoir d'un dominion chrétien, théocratique, où la Loi de Dieu serait imposée à toute la société.

    Or il me semble que "Cité de Dieu" et "Dieu dans la Cité" participent au fond d'un même état d'esprit, même s'il se coule dans des moules politiques différents, laïque/démocratique ("Dieu dans la Cité") ou théocratique ("Cité de Dieu"). Et cet esprit est celui que motive une quête de reconnaissance, de visibilité et, malgré tout d'appartenance au monde, sous prétexte de "témoignage" (quels compromissions ce terme n'aura-t-il pas suscité!). 

    Quoiqu'il en soit, un dossier qui arrive à point et rentre dans des préoccupations importantes. A lire, donc!

    Contributeurs: Neal Blough, Nicolas Farelly, Philippe Gonzalez,Christophe Paya, Michel Sommer, Marie-Noëlle von der Recke, Thomas Gyger.

  • "Que ton règne vienne" : les ambiguïtés du monde évangélique

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    "Le recul du protestantisme classique accompagnant la sécularisation de nos sociétés pousse les évangéliques à s'engager dans l'espace public."

    A partir du cas de la Suisse, le sociologue Philippe Gonzalez s'est intéressé à l'essor du mouvement charismatique. 

    Son imprégnation du monde évangélique (PG parle à juste titre de sa "charismatisation" via la "louange", les réseaux institutionnels et les ministères transnationaux invités lors de conventions) et son désir d'influencer le "politique" ne sont pas sans poser de sérieux problèmes, que l'auteur décrit très bien.

    En effet, la "transformation de la société" selon des "valeurs chrétiennes" est devenue une composante essentielle de la foi évangélique ; elle est un dogme que plus personne ne remet en question. Il n'est donc pas étonnant que la critique vienne d'un sociologue, dont les présupposés sont à discuter, et non d'un théologien. A croire que la volonté des évangéliques d'être visibles dans "l'espace public" musèle et inféode ses docteurs au nom de "l'unité". A croire aussi que la nostalgie d'une "chrétienté" utopique ait désorienté leur espérance, et que l'essor charismatique ne représente, malgré les absurdités doctrinales, l'opportunité de devenir une "force".

    C'est là tout le mérite du livre : mettre à jour les fondements historiques et idéologiques de l'engagement charismatique "dans le monde", ainsi que le désir théorisé d'une hégémonie (au sens de domination souveraine - de droit divin - exercée sur tous les domaines de la société : éducation, législation, culture, économie, etc...).

    Parmi ces fondements : la théologie du "dominion", ou du "mandat culturel" ; l'idée que Dieu aurait passé alliance avec des entités nationales en leur adressant une vocation - d'où une confusion entre l'Israël Ancien et des pays contemporains ; la "théonomie": doctrine selon laquelle la Loi de Dieu a une valeur universelle et son application serait source de bonheur pour tous... ainsi qu'une eschatologie optimiste : nous irions vers une société idéale qui verra s'établir le règne du Christ grâce à l'action des chrétiens (au secours!).

    Auparavant, la tendance piétiste majoritaire maintenait une séparation (à géométrie variable) entre le chrétien et le monde. Il manquait à la théonomie, intellectuelle et marginale, un relais qu'elle trouve aujourd'hui dans la mystique charismatique. C'est par elle, ses chants et sa pratique du combat spirituel, que se répand (ou se décomplexe) une théologie politique  et "intégriste" parmi les évangéliques (l'hypocrisie allant jusqu'à prétendre qu'imposer la Loi (de Dieu) aux Nations est le meilleur moyen de les "servir"):

    "D'ailleurs, bien que l'exubérance charismatique contribue à déstabiliser les appuis institutionnels des communautés, elle demeure relativement anodine pour la société, tant qu'elle reste centrée sur l'individu. Par contre, le danger survient au moment où cette spiritualité vise des collectivités politiques. Et c'est davantage le cas lorsqu'elle est associée à une théologie élaborée aux antipodes du charismatisme, parmi les néo-calvinistes, ces disciples cérébraux d'Abraham Kuyper... Alors la piété charismatique devient un combustible hautement dangereux que vient enflammer l'étincelle d'une idéologie réactionnaire." (p.40)

    Le livre, vivant, documenté, nous donne une analyse importante ; même si le risque me semble aujourd'hui bien plus grand pour l'Eglise que pour la démocratie. La religion ne fait jamais le deuil d'un paradis sur terre, c'est ce qui la rend dangereuse, pour le monde et pour la "vraie Eglise".