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sociologie

  • De l'accélération à l'aliénation : une critique des temps modernes

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    L’Ecclésiaste écrivait qu’ « il y a un temps pour chaque chose ». Le respect de la succession des temps, qui invitait à relativiser l’importance du présent tout en le vivant pleinement, était un enseignement de la Sagesse. A la succession des temps (un temps pour se réjouir, un temps pour pleurer, un temps pour aimer, un temps pour faire la guerre…) devait correspondre une attitude appropriée : on ne peut pas tout vivre à la fois; on ne peut être partout à la fois; on ne peut pas tout faire en même temps. Au contraire, un « temps » équivaut à une « tâche », que l’on mène à son terme en s’y « consacrant ». L’acceptation de l’écoulement du temps, de ses rythmes naturels et biologiques, et de ses alternances, contenait une promesse de paix.
     
    Or, comme le montre brillamment Hartmut Rosa dans son petit livre Aliénation et accélération, le temps dans la modernité tardive est soumis à une triple accélération :

     

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  • Les 100 "livres cultes" du protestantisme

    S'il fallait retenir cent livres de la culture protestante, lesquels retiendriez-vous? Vos libraires vous proposent une petite bibliothèque idéale, 100 "livres cultes", que vous retrouverez dans la rubriques "Catégories" - colonne droite de ce blog - et que nous agrémenterons au fil du temps! 

     

    Et pour commencer, bien sûr:

     

    #100 Max Weber, L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme

     

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  • L'esthétisation du monde

     

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    Qui se souvient du cri de rage de Baudelaire dans Le mauvais vitrier : "La vie en beau! La vie en beau!"? L'exigence désespérée du dandy s'est transmise à tout un monde. 

    En effet, quel est le point commun entre le MacBook et Disneyland, la brosse WC de Casa et la nouvelle décoration des centres commerciaux? L'exigence esthétique du moindre détail quotidien, la stylisation et la mise en scène de la vie ordinaire via les réseaux sociaux, la décoration, le design, la mode, et j'en passe, sont devenus la stratégie et le but d'un "capitalisme d'hyper-consommation".

    Pour Gilles Lipovetsky, nous vivons à "l'âge du capitalisme artiste":

    "Le capitalisme artiste est cette formation qui branche l'économique sur la sensibilité et l'imaginaire [...]. Sous son règne, la recherche rationnelle du profit s'appuie sur l'exploitation commerciale des émotions, via des productions de dimensions esthétiques, sensibles, distractives." (p.42) 

    En schématisant (bien comme il faut), l'auteur fait traverser à l'art quatre grandes périodes : assumant d'abord une fonction rituelle ou sacrée , l'art est progressivement devenu une valeur en soi, privilège d'une aristocratie qui affirmait à travers l'esthétique sa supériorité sociale. A l'époque moderne, l'art devient quasiment religion, l'artiste prophète, jusqu'à culminer dans "l'art pour l'art" et ces temples mortuaires de la beauté que sont les musées. 

    Après l'art-pour-les dieux, l'art-pour-les princes, et l'art-pour-l'art, nous en sommes à l'art-pour-le marché. La beauté des biens de consommation. Chaque individu pape du goût un catalogue à la main. Individualisme, surenchère dans la créativité, prolifération des initiatives, des styles, uniformité anarchique. Le système, qui n'est pas à un paradoxe, est en surchauffe. 

    Gilles Lipovetsky désosse ainsi notre univers kitsch et sa logique esthético-commerciale. Sans pessimisme. Avec des longueurs. Et des répétitions. Il est perspicace, mais il faut de la patience et ne pas s'irriter des adjectifs qualificatifs en cascade, de leur précision lassante.

    Néanmoins, le lecteur est mis à nu dans sa part d'artifice, dans sa prétention esthétisante. Démesurément commune et partagée. J'en ai éprouvé quelque honte, et c'est un bon début. Comme le disait Philippe Muray, la plus rude bataille contre qui doit-on la livrer? "Contre tout ce qui fait de vous un enfant de son siècle. "

    Petite présentation vidéo ici :

     

  • "Les bourgeois, c'est comme..."

    jacques ellul,métamorphose du bourgois,sociologie,philosophie,éthique protestante,marxisme…vous et moi. La bourgeoisie, d’abord classe sociale issue des affaires, a fini par léguer ses valeurs à l’ensemble de la société. Donc à vous et moi. Nous sommes tous des bourgeois. Jacques Ellul nous dit que l’idéal bourgeois par excellence est le bonheur : la quête du bonheur, le « droit » au bonheur inscrit dans la constitution américaine, les Lumières, tout ça, ben c’est du pur bourgeois.

             On aurait voulu la circonscrire à la propriété privée, à la possession des capitaux… C’eût été si commode ! Mais son idéologie, bien plus complexe, a pénétré même ses plus ardents détracteurs. Moins on veut l’être plus on l’est, comme dans la chanson de Brel.

             Alors, qui est le bourgeois ? 

             Le bourgeois est multiforme ; il est d’abord une affaire de représentations. Il se représente lui-même à la conquête du monde, industrieux, athée démystificateur (le bourgeois, contrairement à ce qu’on pense, ne croit pas en Dieu, il l’utilise), innovant, optimiste et scientifique ; il est le bourgeois des artistes, ridicule, médiocre, snob, cocu ; ou le bourgeois des prolétaires, vautour exploiteur ou celui des intellectuels : un Salaud à la conscience fausse, une élite pleine de bons sentiments et championne des œuvres philanthropiques. Mais de quelque manière qu’on les peigne, dans leurs évolutions et leurs contradictions, ses visages recouvrent un « être bourgeois » que Jacques Ellul analyse avec cette verve qu’on aime tant.

            Parmi les invariants de l’être bourgeois, n’allez pas chercher l’argent.

            Non, le bourgeois a pour dogme le bonheur, défini comme bien-être ; c’est à cela que tendent toutes les causes secondes : biens, religion, action (industrie, travail), culture…

         Mais une telle quête de confort appelle des justifications ; le bourgeois, typiquement, ne supporte pas l’image qu’il se renvoie de lui-même ; ainsi, la raison sociale (-iste) émerge non comme contestation, mais comme caution : la gauche est la bonne conscience de la bourgeoisie.  Il n’y a pas plus optimiste, charitable et progressiste que le bourgeois.

             La justification de son idéal culmine dans son incroyable force de récupération. Le génie de la bourgeoisie digère, absorbe et castre ceux qui prétendent s’y opposer ; il convertit ce qui le subvertit :

     « Il s’agit par des mutations imperceptibles de convertir en argent, en honneurs, en considération la vie de ces témoins, de ces créateurs » (p.129).

    Le panthéon des maudits ne lui fait pas peur, ils finissent toujours par servir, morts ou vifs, la même cause du bien-être : la culture pour tous remplit cette fonction. Elle est l’art de désamorcer les bombes. Et ce qui nous intéresse au premier chef, c’est que si le bourgeois annexe les artistes, il annexe aussi les chrétiens, en changeant la foi en morale.

            Sans craindre les généralités, avec une analyse audacieuse et parfois jouissive (faire de la gauche l’accomplissement de la morale bourgeoise !), Ellul nous montre aussi combien le christianisme est investi, voire complice de son esprit, au risque de perdre ce qui fait son sel.  Dans l’être bourgeois, la foi sert le confort moral des individus : il n’y a plus de place pour le scandale, celui de la croix et celui des incompréhensions propres à la vie chrétienne. 

             Métamorphose du bourgeois donne du recul par rapport aux réflexes mentaux que nous avons tous, parce que nous baignons dans ce jus. Céline disait que les prolétaires étaient des bourgeois qui n’avaient pas réussi. La mentalité bourgeoise n’est pas une affaire de classe sociale ; elle est la haine du scandale, de ce qui fait grincer un bonheur horizontal et vécu pour la terre. 

  • Crise de l'éducation : le fantasme de l'homme auto-construit

    10065.jpgLa "crise de l'éducation" dont parlait Hannah Arendt, et celle, plus profonde encore, de la transmission, appellent la réflexion. Plusieurs essais, aussi passionnants qu'éclairants, ont retenu notre attention, pointant avec justesse ses origines, et leurs conséquences potentiellement désastreuses (y compris dans la sphère religieuse, témoin cet article de Die Welt).

    Le dernier, qui nous a été tout spécialement recommandé par notre pasteur lors de nos "réunions d'équipe", est celui d'Olivier Rey : Une folle solitude, le fantasme de l'homme auto-construit (Seuil)

    L'ouvrage est d'une qualité exceptionnelle, il faut le dire, même si sa densité et son cheminement nécessitent une vraie bonne volonté, ainsi qu'une discipline (au sens "d'attitude de disciple" et de "règle de conduite" que l'on s'impose). Toute lecture est discipline de l'esprit.

    Pour atténuer au maximum les difficultés, nous posterons dans les prochains temps une fiche de lecture détaillée qui permette d'éclairer les principaux concepts, de baliser un peu le chemin... 

    En attendant, ceux qui le souhaitent peuvent avoir un aperçu du contenu dans cette recension, parue dans La revue nouvelle en 2007:

    Lire la recension.