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société de consommation

  • Egobody, l'homme qui a perdu son âme

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    Robert Redeker est un philosophe aussi perspicace que courageux. Ayant osé, dans une tribune du Figaro de 2006, dénoncer les intimidations islamistes touchant à la laïcité, il est aujourd'hui victime d'une fatwa et vit sous protection policière. A ce jour, en France, il existe un réel danger lorsque l'on pense et s'exprime librement - et, sans doute, la véritable pensée est-elle toujours menacée, ce qui en augmente et la valeur, et l'intérêt.

     

    Première raison de se pencher sur son essai Egobody, La fabrique de l'homme nouveau (Fayard).

     

    L'homme nouveau - celui qui, fabriqué par la société matérialiste, vit en tension au milieu des écrans, relié, comme en intraveineuse, par cent tentacules électrisées à cent gadgets connectés, pris en charge par la sécurité sociale, l'humanitaire, le sport, la publicité, voué au culte de la santé et de la performance - cet homme-là a perdu son âme. Comme l'écrit l'auteur : "l'âme et l'ego, ces deux instances qui jusqu'ici constituaient l'identité de l'homme, sont confondus avec le corps, rabattus sur lui" (p.199).

     

    La perte de conscience que l'homme possède une âme est la mutation anthropologique la plus importante et la plus terrifiante du siècle passé : elle est la voie d'une négation de l'humanité en l'homme. Amputé de son intériorité et privé de transcendance spirituelle - dont l'âme est la condition de possibilité - l'homme se voit condamné au désespoir devant la mort. D'où l'attrait pour un corps immortel, une obnubilation par la santé, la jeunesse, le "mental" (contraire de l'âme, le mental est l'esprit conditionné par l'exigence de performance), le sport. 

     

    Redeker développe alors dans des chapitres aussi brefs que percutants, les causes et les conséquences d'une telle privation, nous livrant la radioscopie complète d'un homme réduit à sa matière corporelle, entre le zombie et le robot ; un excellent point de départ pour analyser le danger d' "asphyxie spirituelle" dans lequel nous place notre univers social.

     

    Robert Redeker, Egobody, La fabrique de l'homme nouveau, Fayard, 2010.

  • Les #100 livres cultes du protestantisme

    Le procès du Siècle. Excellent. Méconnu. Fondamental.

     

    #95 Jean Brun, Le retour de Dionysos, Les bergers et les mages, 1976

     

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  • L'esthétisation du monde

     

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    Qui se souvient du cri de rage de Baudelaire dans Le mauvais vitrier : "La vie en beau! La vie en beau!"? L'exigence désespérée du dandy s'est transmise à tout un monde. 

    En effet, quel est le point commun entre le MacBook et Disneyland, la brosse WC de Casa et la nouvelle décoration des centres commerciaux? L'exigence esthétique du moindre détail quotidien, la stylisation et la mise en scène de la vie ordinaire via les réseaux sociaux, la décoration, le design, la mode, et j'en passe, sont devenus la stratégie et le but d'un "capitalisme d'hyper-consommation".

    Pour Gilles Lipovetsky, nous vivons à "l'âge du capitalisme artiste":

    "Le capitalisme artiste est cette formation qui branche l'économique sur la sensibilité et l'imaginaire [...]. Sous son règne, la recherche rationnelle du profit s'appuie sur l'exploitation commerciale des émotions, via des productions de dimensions esthétiques, sensibles, distractives." (p.42) 

    En schématisant (bien comme il faut), l'auteur fait traverser à l'art quatre grandes périodes : assumant d'abord une fonction rituelle ou sacrée , l'art est progressivement devenu une valeur en soi, privilège d'une aristocratie qui affirmait à travers l'esthétique sa supériorité sociale. A l'époque moderne, l'art devient quasiment religion, l'artiste prophète, jusqu'à culminer dans "l'art pour l'art" et ces temples mortuaires de la beauté que sont les musées. 

    Après l'art-pour-les dieux, l'art-pour-les princes, et l'art-pour-l'art, nous en sommes à l'art-pour-le marché. La beauté des biens de consommation. Chaque individu pape du goût un catalogue à la main. Individualisme, surenchère dans la créativité, prolifération des initiatives, des styles, uniformité anarchique. Le système, qui n'est pas à un paradoxe, est en surchauffe. 

    Gilles Lipovetsky désosse ainsi notre univers kitsch et sa logique esthético-commerciale. Sans pessimisme. Avec des longueurs. Et des répétitions. Il est perspicace, mais il faut de la patience et ne pas s'irriter des adjectifs qualificatifs en cascade, de leur précision lassante.

    Néanmoins, le lecteur est mis à nu dans sa part d'artifice, dans sa prétention esthétisante. Démesurément commune et partagée. J'en ai éprouvé quelque honte, et c'est un bon début. Comme le disait Philippe Muray, la plus rude bataille contre qui doit-on la livrer? "Contre tout ce qui fait de vous un enfant de son siècle. "

    Petite présentation vidéo ici :