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pop théologie

  • Pop Théologie

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    Blue Jean Calvin Klein, Philippe François, De Calvin à Godard (1509-2009)

    La Réforme de la Réforme

    Philippe Muray l’avait écrit dans les années 80 : « Le monde est plein d’idées protestantes devenues folles ». Sous la plume de Muray, ce n’est pas un compliment. Chez Mark Alizart, en revanche, l’idée permet d’éclairer tout un pan de notre postmodernité.

    Protestants et modernes ont en effet cru à leurs destins communs, et ce lien a été théorisé, sur un certain plan, par Max Weber. L’éthique du protestant qui n’a plus à se préoccuper de « faire » son salut, c’est le « devoir » (beruf) ; et le « devoir » comme style de vie, est productif : le travail devient une vocation et la tempérance une ascèse « intra-mondaine ». Peu de dépenses, beaucoup de labeur, ce sont les clefs de la réussite capitaliste. Mais ce sont aussi les clefs d’un « désenchantement du monde » : sous leur action, le réel devient un outil à rationaliser et la société se sécularise.

    Cette impulsion enracinée dans la Réforme (le puritanisme surtout) connaît avec le temps, et en raison de son succès, un épuisement, une « pétrification ». La doctrine qui fut libératrice sur le plan spirituel, devient mécaniquement une nouvelle Loi – une « cage d’acier » – étendue à la société toute entière.

    Pour Mark Alizart, les Réveils protestants des XVIIIe-XIXe – piétistes et méthodistes – ont alors correspondu à une Réforme de la Réforme, et, par leur ampleur, à une réforme de la modernité occidentale. Ainsi :

    C’est grâce à eux qu’une « postmodernité » consistante est née, par quoi s’entend non pas une modernité continuée, mais une modernité régénérée, ou plutôt réformée, partant « enchantée ». » (p.17)

    Le Réveil, en s’infusant dans la culture moderne, lui donne un nouvel élan, non plus fondé sur le « devoir » de la réussite matérielle, mais sur celui de la « construction » de soi (Bildung). Car le Réveil remet l’individu au centre du Salut ; voilà pourquoi naissent à cette époque les romans d’apprentissage (Bildungsroman), la sensibilité romantique du « moi », etc.

    Dans cet essai qui embrasse large (théologie, sociologie, philosophie, histoire, histoire de l’art, etc…), au risque de mal étreindre, Mark Alizart réussit néanmoins une mise en perspective audacieuse et très intéressante. Du « Enjoy » de Coca-Cola, centré sur l’épanouissement individuel, aux grandes figures (et théories) de l’art contemporain, en passant par les références évangéliques des blockbustersLa Guerre des étoiles) et des love songs, les racines protestantes de la culture pop deviennent transparentes. Jusque dans cette mentalité égotiste, où la foi n’est plus qu’un mot pour désigner la force de se réaliser soi-même.

    Mark Alizart est philosophe et critique d'art.

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