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calvin

  • Le protestantisme et son ventre

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    Un livre savoureux (relié, illustré) où la théologie entre dans la cuisine.

     

    Luther était gras et fier de l'être. Son embompoint était à la fois revendication et polémique contre le catholicisme. Pour Calvin, la même lutte contre l'Eglise le fait écrire dans son Institution : "Leur ventre leur est pour Dieu, et la cuisine pour religion". Luther, toujours lui, forge l'ironique "théologastre" ("théologien du ventre") pour railler les sorbonnagres. 

    8457.jpgDu péché de gourmandise à la dispute, le ventre est un terrain éminement théologique. Autour de la table eucharistique, papistes et calvinistes s'assassinent à coups de "mangedieu" ou de "chiedieu". Car si Dieu est réellement présent dans le pain et le vin, qu'advient-il de sa substance digérée? Frank Lestringant, dans son Une sainte horreur ou le voyage en eucharistie, cerne l'enjeu (souvent vomitif) de la querelle : la conception de la Cène catholique romaine rejoint le cannibalisme. 

    La question atteint le jeûne, la pénitence et ses mérites supposés. De là certains passages hilarants des Satyres chrestiennes de la cuisine papale de Théodore de Bèze : 


                          

    Monde hebeté, monde abrutti,6213 (1).jpg

    Qui par le bouilli ou rosti,

    Penses mériter plus que douze

    Pour aller jusqu'en paradouse. [...]

    O grimace bien résolue,


    O trongne de bec de morue,

    Monsieur le penitenciaire

    Maistre queux en l'art culinaire,

    N'oubliez pas de dire en somme,

    Souvienne-toy que tu es homme. (p.112-113)

     

    Le carême est négation de l'homme, et l'hypocrisie papiste ("grimace bien resolue") affecte une privation qu'elle se charge bien de remplir par ailleurs. Ce qui permet aux réformés de dépeindre un clergé ripailleur et débauché.

    Dans son très "bon" livre sur La gourmandise, histoire d'un péché capital, Florent Quellier montre (je simplifie) que la ligne de séparation est celle de la mesure; le calvinisme ne diabolise ni ne sublime la gourmandise. Il l'absout par la tempérence. En revanche, le catholicisme favorise le paradoxe de la sensualité culinaire et de sa condamnation. Hypocrisie et transgression ont chacune leur saveur.

     

    Sa conclusion mérite une citation, qui épingle les discours contemporains moralisateurs sur ce qu'il faut ou ne faut pas manger (la dictature du diététique, du bio et du svelte), que l'on retrouve jusqu'en protestantisme (cette nouvelle mode du carême!):

    "Le retour en force d'un joug médical pesant et d'un discours diététique moralisteur a réactualisé le péché de Gula dans des sociétés pourtant marquées par un recul historique des Eglises chrétiennes. Fortement culpabilisantes, les prescriptions nutritionnelles entretiennent la notion d'un péché contre son corps mais aussi contre la société. Dès lors, la gourmandise est perçue comme une faiblesse sociale, morale et psychique, le gourmand comme un potentiel délinquant nutritionnel. Les expressions "craquer", "faire un écart", "faire une entorse" disent le manque de volonté face à la tentation, révèlent la notion de faute mais aussi de transgression d'un idéal alimentaire devenu une norme : le régime minceur." (p.214)

      

  • IV. Lire Calvin pour ne pas devenir une poupée barbie


    pourquoi lire calvin?,violaine weben-dardel,calvin,sermons job,protestantisme évangéliqueLa lecture de Calvin peut être particulièrement préconisée comme antidote aux dérives d'un certain protestantisme évangélique. Surtout lorsque celui-ci s'avilit à tel point qu'il n'est plus qu'un esclave pathétique des critères de la société spectacle-marchande : la Parole de Dieu vous aidera à maigrir et à ressembler à une barbie hollywoodienne décolorée, car il s'agit là, il est vrai, d'un idéal remarquable. 

    Or, comme le dit très justement Violaine WEBEN-DARDEL dans son Avant-propos aux Sept sermons sur Job (tout juste édités chez Olivétan), Calvin

    pourquoi lire calvin?,violaine weben-dardel,calvin,sermons job,protestantisme évangélique"introduit un renversement. Il place Dieu là où l'homme s'inscrit logiquement comme centre de ses préoccupations. C'est une révolution copernicienne en matière anthropologique et théologique, à laquelle ces paroles nous conduisent. Une spiritualité du désintéressement, combien libératrice! Nous n'aimons pas Dieu en vue de... mais pour lui-même, parce qu'il nous a fait grâce de son amour. Son amour, c'est sa puissance et sa gloire."

    La Parole instrumentalisée, une relique moderne? 

    Voilà donc une raison supplémentaire, s'il en fallait une, de lire les Sept sermons sur Job de Calvin, et pourqui pas, son Traité des reliques...

  • Conférence : Robert Weeda et la musique au refuge

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    M. Robert WEEDA donnera ce soir, à 18h30 dans l'amphithéâtre de la Médiathèque d'Alès, la 3e conférence de notre cycle "Protestantisme dans le Grand Siècle", sur la musique au Refuge.

    Auteur de plusieurs ouvrages d'érudition (et de référence) sur le Psautier huguenot, il nous parlera du pasteur Claude Brousson (Nîmes 1646 - Montpellier 1698), qui lors de ses voyages en Europe,  a pu découvrir ainsi comment le Psautier huguenot et sa musique avaient trouvé leur place dans les paroisses des réfugiés comme dans la culture musicale de ces pays d'accueil. 

    Voyage musical dans le temps, donc, que nous vous proposons, et que vous pourrez ré-entendre sur le site d'ici queques temps.

  • Zweig contre Calvin, une animosité en contexte

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    La virulence de Zweig contre Calvin dans son fameux Conscience contre violence, analysée, replacée dans son contexte (montée du nazisme et querelle orthodoxes/libéraux) et éclairée par ses influences littéraires (Balzac...); ou comment l'auteur de La pitié dangereuse versa dans l'anti-protestantisme primaire.

    Excellent article de Franck LESTRINGANT paru:

    Franck LESTRINGANT, "Zweig contre Calvin (1936)", Revue de l'histoire des religions [en ligne], 1 | 2006, mis en ligne le 1 mars 2006, consulté le 2 février 2011, URL: http//: rhr.revues.org/4623