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art

  • L'esthétisation du monde

     

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    Qui se souvient du cri de rage de Baudelaire dans Le mauvais vitrier : "La vie en beau! La vie en beau!"? L'exigence désespérée du dandy s'est transmise à tout un monde. 

    En effet, quel est le point commun entre le MacBook et Disneyland, la brosse WC de Casa et la nouvelle décoration des centres commerciaux? L'exigence esthétique du moindre détail quotidien, la stylisation et la mise en scène de la vie ordinaire via les réseaux sociaux, la décoration, le design, la mode, et j'en passe, sont devenus la stratégie et le but d'un "capitalisme d'hyper-consommation".

    Pour Gilles Lipovetsky, nous vivons à "l'âge du capitalisme artiste":

    "Le capitalisme artiste est cette formation qui branche l'économique sur la sensibilité et l'imaginaire [...]. Sous son règne, la recherche rationnelle du profit s'appuie sur l'exploitation commerciale des émotions, via des productions de dimensions esthétiques, sensibles, distractives." (p.42) 

    En schématisant (bien comme il faut), l'auteur fait traverser à l'art quatre grandes périodes : assumant d'abord une fonction rituelle ou sacrée , l'art est progressivement devenu une valeur en soi, privilège d'une aristocratie qui affirmait à travers l'esthétique sa supériorité sociale. A l'époque moderne, l'art devient quasiment religion, l'artiste prophète, jusqu'à culminer dans "l'art pour l'art" et ces temples mortuaires de la beauté que sont les musées. 

    Après l'art-pour-les dieux, l'art-pour-les princes, et l'art-pour-l'art, nous en sommes à l'art-pour-le marché. La beauté des biens de consommation. Chaque individu pape du goût un catalogue à la main. Individualisme, surenchère dans la créativité, prolifération des initiatives, des styles, uniformité anarchique. Le système, qui n'est pas à un paradoxe, est en surchauffe. 

    Gilles Lipovetsky désosse ainsi notre univers kitsch et sa logique esthético-commerciale. Sans pessimisme. Avec des longueurs. Et des répétitions. Il est perspicace, mais il faut de la patience et ne pas s'irriter des adjectifs qualificatifs en cascade, de leur précision lassante.

    Néanmoins, le lecteur est mis à nu dans sa part d'artifice, dans sa prétention esthétisante. Démesurément commune et partagée. J'en ai éprouvé quelque honte, et c'est un bon début. Comme le disait Philippe Muray, la plus rude bataille contre qui doit-on la livrer? "Contre tout ce qui fait de vous un enfant de son siècle. "

    Petite présentation vidéo ici :