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N°50: Karl BARTH, Mozart, Labor et Fides, 1956

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barth 2.jpgQue fait le gentilhomme protestant quand il ne siège pas dans une association et qu'il a clos ses politesses avec des dames d'un certain âge?

Il ferme sa porte, s'enfonce dans un fauteuil aussi profond qu'un sermon (les méchantes langues diront que par les temps qui courent il se contente d'une chaise), et il écoute Mozart.

Non pas Bach, dont en toute sincérité et malgré l’obligation d’admirer, il sent parfois les tuyaux d’orgues lui sortir par les yeux (pour ne pas dire plus), ce qui le gêne pour bailler à l'ennui qu'il éprouve.

Non, il écoute Mozart.

Pourquoi Mozart, ce catho des Lumières, qui disait des protestants qu’ils ne savaient pas comprendre tout à fait la pleine signification de l’Agnus dei qui tollis peccata mundi (L’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde)? – Mozart qui à lui seul couvrait un monde de péché ?

Pour le savoir, il faut avoir entendu Mozart, lu Le loup des steppes de Herman Hesse (le rire de Mozart), et Karl Barth. Le lecteur trouvera 4 textes dans son Wolfgang Amadeus Mozart  : un hommage de 1945, un de 1956, un texte, « Wolfgang Amadeus Mozart », et une allocution donnée à Bâle le 19 janvier 1946 : « Mozart et la liberté ».

mozart.jpgKarl Barth est d’une finesse terrible pour traduire l’impression que donne la musique de Mozart : son objectivité, sa liberté dans le jeu et sa joie du ludique, la dualité (entrain-mélancolie, douceur-tourment) se résorbant dans une plénitude comme par-delà le bien et le mal :

 « …chaque fois que je vous écoute, je me sens transporté au seuil d’un monde bon et ordonné, qu’il y ait du soleil ou de l’orage, qu’il fasse jour ou qu’il fasse nuit ».

Le mystère Mozart est un mystère d'harmonie, celui de sa surface rendue d'autant plus légère et scintillante que les eaux qui la sous-tendent sont ténébreuses.

Pourtant, le gentilhomme protestant reste vaguement surpris devant la superficialité de l’éloge : Mozart a reçu du théologien de Bâle son absolution, sans qu’il force jamais le cœur de l’énigme : la nature de l’inspiration, l’ambivalence d’une harmonie si parfaite que l’on puisse, en l'écoutant, se passer de Dieu.

Barth a pensé son Mozart en esthète et non en théologien, ce qui est frustrant. Il reste à la surface du bonheur. Mais cela ne veut pas rien dire ; une écoute protestante de Mozart peut-elle être autre chose qu'ingénue? 

Assis dans son fauteuil, le gentilhomme médite Barth en écoutant Mozart. Il en déduit qu'il a eu raison de ne pas trop creuser. La musique de Mozart est un bonheur de surface.

 

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Commentaires

  • « Les pâtes alimentaires aujourd'hui se vantent sur le premier mouvement de la symphonie n°25 de Mozart. C'est le mouvement allegro con brio. Mozart s'excuse, il n'avait pas pensé à composer un allegro al dente. »

    blague a part félicitation ce texte est de fine plume!!!

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