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La pornographie ou l'épuisement du désir - Michela MARZANO

 

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     La volonté de l’auteure, dès les premières lignes, est de différencier érotisme et pornographie, sans tomber dans une logique de morale binaire (érotisme, bien ; pornographie, pas bien), mais en montrant dans quelle mesure la pornographie équivaut à une négation de l’humain et du sujet.

      Une telle approche pose immédiatement la question du lien entre dignité, liberté, autonomie, comprises comme des composantes anthropologiques essentielles, avec le corps et la sexualité. Pour Michela MARZANO, la pornographie, qui joue sur l’exhibition brute de l’intime et l’abolition des limites (interdit, genres...), nie les spécificités de la sexualité. Elle conduit à la réduction de l’humain par une chosification du corps et une instrumentalisation de l'autre. De plus, sous couvert d’un discours de liberté, elle ouvre  la voie à une pratique totalitaire : elle dicte les comportements comme l’imaginaire sexuels en les normalisant, en les incluant dans une geste hyper-codifiée, monotone, répétitive. Enfin elle banalise le mystère de la sexualité en le limitant à ce qu’elle en montre, en effaçant l'intime et en le séparant du désir. Le désir meurt ainsi par saturation immédiate, avant même d’être né : « la violence du voir efface ce qui est vu ».

         Il s’agit alors de décortiquer le discours et les hypocrisies d’une fausse liberté, et de montrer que le pornographique ne dépend pas de la présence de scènes où la sexualité est explicite, mais de l’image qu’elle véhicule des individus.

Son argumentation est extrêmement convaincante. L’un de ses principaux avantages est de proposer un travail de définition rigoureux : pudeur, obscénité, érotisme, intimité, désir… autant de termes devenus lisses et qui trouvent une signification renouvelée extrêmement éclairante.

Ce travail part d’une analyse fine et riche d’œuvres littéraires, picturales et cinématographiques. L’auteure se livre, entre autres, à une étude de trois œuvres  représentatives des types qu’elle définit : Lady Chatterley de D.H. Lawrence comme symbole par excellence de l’érotisme, L’empire des sens, de Oshima pour l’érotisme et ses limites ou Histoire d’O de Pauline Réage, comme paradigme de la pornographie. Cet enracinement esthétique et littéraire donne à la réflexion toute sa profondeur. L’éthique est avant tout une histoire de représentation de l’humain, aux prises avec ses forces destructrices.

Mais surtout, M. MARZANO fait voler en éclat tout un discours prétendument émancipateur en le confrontant à ses conséquences éthiques. Ainsi, la pornographie n’a que peu à voir avec une transgression source de liberté ou l’expression d’un droit à la jouissance, mais tout au contraire, s’avère le lieu d’une nouvelle aliénation.

Malgré certaines lacunes (assez étonnantes - mais je vous renvoie à la conclusion de la fiche de lecture détaillée) , l’ouvrage est excessivement intéressant. Il permet par ailleurs de se faire une petite culture illicite entre deux, l’air de rien. Bien écrite, claire et sans ambages, sa réflexion n’est pas morale au sens où bien et mal trouveraient leur application unilatérale dans la vie ; il s’agit davantage d’une méditation humaniste qui en problématisant le désir, vise à la prise de conscience d’une menace et appelle à la responsabilité.La crudité de certains propos est à comprendre dans cette perspective.

Son apport le plus décisif surgit par contraste, dans une description saisissante de ce que sont l'érotisme et le désir, qui rendent à la sexualité son mystère, conduisant à une recherche de sens, et à une valorisation de l'autre.

S.Z.



 

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