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"L'affaire des poussettes renversées" : chapitre 3

chapitre 3 – « A perdre la raison »

Nous entrons dans le vif de l’histoire. L’affaire des « poussettes retournées » est le symptôme d’un danger plus grand.

Slogan de mai 68, illustrant le changement dans la manière de concevoir l’éducation

1/Raison et construction du sujet :

Pour Olivier Rey, l’élément constitutif de l’homme par excellence est la raison. Non pas définie comme guide capable de vérité, mais plutôt comme outil commun à tous les hommes, leur permettant de se reconnaître comme semblables et d’organiser une société.

 « Mais cette fameuse raison, d’où sort-elle ? […] la raison pour autonome qu’elle soit, a dû pour se constituer se confier à quelque chose d’extérieur et qui ne bouge pas – extériorité et fixité qui ne pourront qu’ultérieurement être remises en question. » p.136

Aujourd’hui, la critique du contenu précède son apprentissage, la liberté de penser précède la liberté et la pensée. Elle est une illusion sans ossature qui dilue les repères nécessaires à la raison. De ce fait, Olivier Rey montre que la raison est fragile. Elle peut-être instrumentalisée par les forces obscures de l’inconscient si son assise n’est pas assez ferme. Même si elle prend les aspects d’un discours logique et rationnel, l’individu n’en est pas moins trompé. La conséquence en est une « folle solitude » : « solitude » parce que cet individualisme radical de la raison empêche à la société de faire corps, « folle » parce que privée de repères extérieurs, elle est livrée à un inconscient qui n’a pas été civilisé.

 Le risque le plus grand étant le surgissement de la barbarie, par des actes pulsionnels destructeurs et inexplicables.

2/ Le principe structurant de la raison : la « causalité » :

Or Olivier Rey nous montre que la raison se structure par un principe à l’œuvre dans la généalogie et l’enchaînement des générations : la « causalité » ou « raison suffisante ».

Olivier Rey cite Leibniz :

« Rien n’arrive sans qu’il y ait une cause, ou du moins une raison déterminante, c’est-à-dire quelque chose qui puisse servir à rendre raison a priori pourquoi cela est existant plutôt que non existant, et pourquoi cela est ainsi plutôt que de toute autre façon. »

 Cette succession cause-conséquence, l’enfant la perçoit : il est causé par ses parents. Cela donne raison à son existence. Autrement dit la raison (qui est à la fois « l’explication » et le « moyen d’explication ») se fonde sur une structure qui la précède : la causalité.

 En relativisant la part des adultes dans l’éducation (au travers de la tradition), par refus d’influencer ou par refus d’une autorité dogmatique, on enlève à l’enfant le socle même sur lequel sa raison s’édifie. La pédagogie moderne, surfant sur l’idée que l’enfant doit se construire par lui-même, nie la solidarité profonde qui unit généalogie et raison. Elle le fragilise.

 Une belle citation l’illustre :

 « Qu’est-ce qu’une sagesse qui oublie ce qui lui a permis d’être ? Parce qu’avant d’être objets de pensée, les lois en sont le préalable, la pensée ne peut se mettre au-dessus d’elles sans déchoir, au moment où elle se croit la plus libre elle sombre dans la fausseté et la raison se perd, aussi ratiocinante puisse-t-elle demeurer. » p.89

BONUS : L’enquêteur et sa méthode, deux mots sur Olivier Rey:

Olivier Rey

Olivier Rey est chercheur au CNRS, enseignant à Polytechnique (Mathématiques) et à la Sorbonne (Philosophie). Il a publié deux autres ouvrages remarqués : Itinéraire de l’égarement, qui analyse les origines de la science moderne et son statut dans la pensée contemporaine ; et Le testament de Melville, penser le Bien et le Mal avec Billy Budd (Gallimard), qui est une étude d’un roman de Melville (l’auteur du fameux Moby Dick).

Sa méthode d’investigation est importante. Pour Olivier Rey, le chemin qui mène à la vérité est presque aussi important que la vérité elle-même. Comme il l’écrit : « L’exactitude n’est pas la vérité. […] points de départ et point d’arrivée ne valent pas grand-chose dans le domaine de la pensée, sans le chemin qui les relie. » (p.23-24) Une vérité peut être balancée, elle n’aura aucun poids car elle n’est pas reliée à l’ensemble qui lui donne du sens. C’est pour cela qu’Olivier Rey prend son temps et va au fond des choses, se permettant parfois de longs détours ; mais cela enracine son propos.

L’idéal serait donc pour le lecteur de consentir à suivre le développement de l’auteur ; voilà pourquoi notre trajet à nous, raccourci, pose problème. Néanmoins, espérons que certains éléments importants feront mouche tout de même.

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