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Générations Ellul, l'hommage par la postérité

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Jacques Ellul considérait que chacun de ses ouvrages était le chapitre d'un unique livre, son oeuvre. Avec Jacques Ellul, Une pensée en dialogue, Frédéric Rognon nous avait donné, en quelque sorte, le sommaire le plus intelligent et le plus pratique de ses opera omnia. Aujourd'hui, avec Générations Ellul, c'est la conclusion (ouverte), aussi originale que riche, qu'il nous apporte, en forme d'hommage par la postérité.

Originale par son sujet, car plutôt que de s’intéresser à un aspect de l’œuvre d’Ellul, Frédéric Rognon dresse un portrait de sa réception. Dis-moi qui te lit, je te dirai ce qu’il reste de toi. Qui a lu Ellul ? Qui se revendique de son héritage ? Qu’a-t-on retenu de sa pensée ? A quel niveau se situe « l’impact Ellul» ? Selon quels axes la réception reconfigure-t-elle son héritage ?

Contribution originale, aussi, par son traitement. Plutôt que de servir une réflexion suivie sur les modalités et les enjeux de cette réception, l’auteur choisit de la présenter au travers de ses acteurs. 60 portraits, entre mini biographie et entretien journalistique. Le premier effet est celui de souligner la diversité de l’impact : d’Antoine Nouis (directeur actuel Réforme) à Jean-François Zorn, premier étudiant à rendre un travail universitaire sur Ellul, en passant par Noël Mamère qui fut son élève et Jean-Claude Guillebaud, journaliste, essayiste à succès et penseur perspicace de notre actualité. Le lecteur aura même le privilège de rencontrer les enfants d’Ellul. Le deuxième effet est de placer la rencontre avec Ellul sous le signe de l’existentiel et du personnel. Pas de lecture sans nécessité de se déterminer, selon des résonnances profondes et singulières. Telle est la force d’Ellul, malgré une incidence limitée dans sa propre partie. Deux articles bienvenus sont aussi consacrés à ses terres d’élection : les Etats-Unis (où Ellul n’est jamais allé par refus de prendre l’avion) et la Corée du Sud.

Originale enfin dans la forme du livre. Large, sous forme de dictionnaire, le texte séparé en colonnes, on est entre le plaisir de son quotidien et l’outil de référence, mix surprenant mais finalement agréable. La couronne, pour qui veut creuser, est une substantielle bibliographie.

Le projet, ainsi soumis à la loi du fragmentaire, permet une lecture de pique-assiette réjouissante mais y trouve ses limites. Dans sa conclusion, l’auteur tente « d’esquisser les contours d’une topographie » de cette réception, mais celle-ci, trop brève, laisse un peu sur sa faim. Soulignant la fécondité paradoxale de l’héritage d’Ellul, il distingue six pôles : la dialectique théologie/sociologie, l’autonomie de la technique, la critique de l’Etat, le rapport aux institutions politiques, le rapport aux institutions ecclésiales, et la ligne problématique Israël-Islam. En fait le lecteur est surtout surpris par la disproportion de certaines thématiques, et la discrétion du versant théologique, pourtant très original, et audacieux lui aussi. Par ailleurs, Ellul serait peut-être surpris de retrouver son nom mêlé à des combats bien éloignés de ses convictions. En fin de compte, le livre montre implicitement qu’il n’est pas de réception sans trahison, voire sans récupération (au-delà du parti pris d’Ellul d’être « insuivable »), et une approche plus critique aurait fait gagner l'ensemble en profondeur.

Il manque, enfin, le portrait d’un connaisseur d’Ellul et actif passeur, Frédéric Rognon lui-même… Espérons que quelqu’un se hâtera de combler la lacune…

Mais ce livre, doit se comprendre sans doute et avant tout comme un bel hommage à une pensée aussi riche, protéiforme et inclassable que sa postérité. Un hommage constructif et un appel à la lecture.

 

Voici la liste des portraiturés :

 

Olivier Abel, Jean Baubérot, Dominique Bourg, José Bové, Daniel Cérézuelle, Simon Charbonneau, Patrick Chastenet, Yves Chevalier, Vincent Cheynet, Alexandre Christoyannopoulos, Daniel Compagnon, Jean Coulardeau, Jean-Michel Dauriac, Joël Decarsin, Sylvain Dujancourt, Timothée Duverger, Dominique Ellul, Jean Ellul, Yves Ellul, David W. Gill, Andrew Goddard, Alain Gras, Philippe Gruca, Jean-Claude Guillebaud, Joyce Main Hanks, Jean-François Hérouard, Gilbert Hottois, Michel Hourcade, Jean-Sébastien Ingrand, Jean-Pierre Jézéquel, Isabelle Lamaud, Virginia Landgraf, Serge Latouche, Stéphane Lavignotte, Michel Leplay, Noël Mamère, Jacques Maury, Carl Mitcham, Sébastien Morillon, Didier Nordon, Antoine Nouis, Gérard Paul, Josselin Pibouleau, Jean-Luc Porquet, Jean-François Pressicaud, Michel Rodes, Bertrand Rolin, Bernard Rordorf, Wha-Chul Son, Serge Steyer, Denis Tillinac, Gabriel Vahanian, Willem H. Vanderburg, Aude Vidal, André Vitalis, Maurice Weyembergh, Langdon Winner, Jean-François Zorn, Corée du Sud, Etats-Unis

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