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Fiche de lecture - Louange, le coeur d'une génération (Collectif, éditions Première Partie)

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L’ambition du livre est de confronter la pratique de la « Louange » telle qu’elle se vit actuellement à une réflexion théologique, qui fait en effet cruellement défaut, comme l’annonce le 4ème de couverture.

                La réflexion se présente sous la forme d’une quinzaine de contributions, brèves et vivantes, qui se consacrent chacune à un aspect de ladite louange, et sont rédigées par des « conducteurs de louange ». Facile à lire, médiocrement écrit, mais mis en page de manière attractive et moderne, on s’aperçoit assez vite que malgré une auto-critique d’apparat, le livre ne remet pas en question les fondements même d’une conception « pop-louange ».

Tout en faisant notre deuil d’une réfutation détaillée, deux aspects ressortent : 

1/Démarche mystique :

                Il est clair à la lecture de quelques pages que l’on est en pleine démarche mystique. Même si quelques-uns avertissent ou prennent leur distance (Joël REYMOND, pp.75-86), la rhétorique ne trompe pas, faite de passion amoureuse, d’exaltation, et d’expérience intérieure : « Mon cœur brûle », « rechercher la présence de Dieu avec passion », « flot continuel de notre adoration », « recueillie en Dieu »… jusqu’à une profusionnelle citation de Saint Jean de la Croix (p.57) !!

                Un exemple typique de ce détournement mystique apparait dans l’interprétation qui est donnée du Psaume 24 (Rebecca NASSANIAN, pp.90-102) : « Qui montera à la montagne de l’Eternel ? » ; l’auteure se sert de ce passage pour faire de la musique un moyen d’ascension spirituelle vers Dieu, et un lieu de rencontre. Une exégèse un peu plus sérieuse montrera que le Psaume dit l’inverse : « Qui s’élèvera jusqu’à son Saint Lieu ? Celui qui a les mains innocentes et le cœur pur ». Or personne n’est dans ce cas, à cause du péché, et le Psaume repose sur une perspective messianique ; le cœur pur reconnait justement qu’il ne peut entrer dans la présence de Dieu par son indignité, et reçoit de Christ le pardon de ses péchés. Avoir le cœur pur c’est être purifié du désir de monter soi-même jusqu’à Dieu. Ce n’est pas pour entrer dans la présence de Dieu que l’on chante, c’est parce qu’en Christ il est descendu jusqu’à nous pour rétablir la communion.

                Cette prétention à un contact immédiat, sensuel et fusionnel avec Dieu apparait en fait comme une négation de la croix alors même qu’en est déployée la bannière. De manière pure et simple, la musique remplace Christ comme moyen de la médiation: la louange comme musique-medium.

 2/ Confusion et louange « babylonnienne » :

                La « réflexion » repose encore sur une confusion profonde et une ambiguïté ; malgré une justification biblique du rôle des émotions, où l’on essaie de légitimer la place du « sens esthétique » et des sentiments de l’âme, tout l’argumentaire est un raisonnement pour échapper à la réalité de la dépravité totale de l’homme. Ainsi, la « pop louange » n’est en fait qu’une production hybride entre les mots de la religion chrétienne et l’esprit du siècle : « On a besoin de stars chrétiennes » écrit Alex MAYEMBA, p.157. Star-system, culture populaire et urbaine comme référentiels valorisés (« Aujourd’hui la poésie vous la trouverez dans les styles urbains, le rap, le slam… »p.175), orchestration rythmée et mise en scène selon les critères de la société « spectacle-marchande » (Jérôme LEROY), le culte sur ces fondements n’est qu’une parodie : caricature de l’Eglise dans le monde, caricature du monde dans l’Eglise, christianisation du monde, mondanisation de Christ.

Même si la volonté semble être de redonner un contenu plus profond aux chants, même si la volonté semble être de re-viriliser la sensibilité qui initie à l’expression artistique, on remarque tous les éléments d’une grâce à bon marché, qui refuse de s’arracher à la culture ambiante, qui évite soigneusement de la remettre en question, comme le réclame une marche selon la radicalité de la croix. Nous sommes davantage dans le « retour de Dionysos » que dans le ravissement de l’Esprit.

 Concrètement, et au risque d’être un peu lourd, le travail théologique est superficiel, approximatif et unilatéral. Les méditations, disparates et égocentrées, ne proposent quasiment aucune discussion des concepts et des idées qui ont court, mais répercutent, confortent, la place que tient ce style et l’uniformisation navrante qu’il provoque dans la piété évangélique.

 

S.Z.

 

 

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