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Au temps des mennonites...

419E36MWJTL._SL500_AA300_.jpg    Il paraîtrait, d'après Ellul, que tout homme a le droit à sa part d'attachement irrationnel : injustifié et injustifiable. Une affection partisane, exagérée, pathétique. Sans doute ces attachements trahissent-ils, inconsciemment, une sorte de fêlure identitaire, un amour pour une lacune, propre aux déracinés - un sentiment d'appartenance manquée, pour mille et une raisons, intime, lointain, qui resurgit sur un mot. Pour Ellul, ce fut Israël. Pour moi, peut-être, les Mennonites. En moins passionné, plus désenchanté, plus féroce aussi, mais tout de même.

    Larry Towell ne nous donne pas un livre sur les mennonites, où l'objectif serait au service d'une investigation documentaire, voire ethnologique. Il nous donne une vision des mennonites. Ceux qu'il photographie font partie de communautés radicales émigrées au mexique dans les année 1920-30, qui ne représentent qu'un échantillon de la grande diversité du mouvement anabaptiste. Je vous renvoie pour cela au petit ouvrage de présentation de Neal BLOUGH, Mennonites d'hier et d'aujourd'hui, que je vous recommande en passant plus que chaleureusement.

    Des Mennonites, du vent, de la poussière, du noir et blanc. Des plaines désertiques qui accentuent le malaise, une précarité qui saisit à la gorge - la misère se tient partout comme une ombre domestique et donne aux portraits, aux cuisines, un sérieux de menace. On trouve au début du livre une carte des différentes diasporas mennonites : l'errance est la rançon d'une obstination incompréhensible, qui finit dans des taudis pour fuir la pression du monde, de la modernité, pour sauver une tradition, un mode de vie. On les croirait maudits de Dieu. Malgré leur dignité crasseuse. Tout y pue la fatalité. La désolation, doucement assumée, qui ne laisse de tristesse que pour celui qui regarde. Eux ne semblent pas savoir s'apitoyer. C'est ce mystère que Larry Towell photographie ; la solitude, la nudité impassible, une piété étrange et absolue, sur ces terres désolées du Mexique, mais dont on ne pénètre rien. Les scènes de la vie quotidienne ou communautaire nous résistent, les jeunes filles, les jeunes gens... on ne comprend pas; comme une absurdité résiste à l'entendement... 

Et pourtant... Que vous y êtes beaux, mes bien-aimés, aristocrates pouilleux de la foi, prisonniers de vos lois, que vous y êtes beaux et fiers, que vous me fendez le coeur, dans vos costumes ridicules!

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S.Z.

 

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