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Livres, recensions et fiches de lecture - Page 4

  • Le pardon et l'oubli

    9782914144322.jpgAu cœur du Royaume de Paix, il y a l’évangile de la réconciliation, fondé sur le pardon. C’est cette réalité que Jacques Buchhold explore dans son livre, dont l’exigence est bien claire dans le Notre Père : « Pardonne-nous nos offenses comme nous aussi nous pardonnons à ceux qui nous ont offensé ».

    Le chemin du pardon n’est pourtant pas évident : pourquoi pardonner, et surtout comment ? 

    Le pardon et l'oubli suit l'enseignement biblique au plus près. Il met l’accent sur le fait que l’offense et le pardon ne sont pas à considérer sur le plan humain seulement, mais devant Dieu. Le pardon est un appel de Dieu, qui se révèle dès l’Ancien Testament comme le « Dieu des pardons » ; et l’offense est une atteinte à l’autre et à Dieu.  A ce titre, elle est un péché et appelle la repentance.

    De ce fait, l’auteur évite le psychologisme, tout en restant très concret : l’offense et la haine font des ravages dans les cœurs, et détruisent des existences. C'est bien dans notre chair que nous souffrons et luttons. 

    Il évite aussi le piège de relire toutes les Ecritures à cette unique lumière, comme sont tentés de le faire les chrétiens adeptes du pacifisme. A trop insister sur la « paix », on la transforme en idéologie et la violence juridique de l’expiation n’est plus compréhensible ; progressivement, on  est contraints d'en relativiser la valeur. Or c’est elle qui rend possible le pardon. Le reste n'est que bons sentiments.

    Le livre n'est pas nouveau, mais ce qu'il dit, et la manière dont il le dit, est intemporel. Nous sommes engagés à le méditer pour le vivre. 

  • Un "crime protestant" : la Michelade

    jean-paul chabrol,la michelade,violences religieuses,guerres de religion,nîmes,protestantisme à nîmes,iconoclasmeLe protestantisme a son côté obscur.

    L’installation de la Réforme à Nîmes a provoqué au sein de la société et de ses institutions un profond bouleversement. C’est dans ce contexte, du 30 septembre au 1er octobre 1567, que des catholiques sont massacrés par des huguenots dans Nîmes, au lendemain de la foire de la Saint-Michel.

    Cet événement majeur de la ville restera longtemps dans la mémoire sous le nom de « Michelade ».

    Que s’est-il passé durant ces deux jours ? Ces journées sont-elles la conséquence directe du déclenchement de la deuxième guerre de Religion (1567-1568) ? Une éruption spontanée et incontrôlée de violence ? Un massacre prémédité ?

    Jean-Paul Chabrol remet en perspective La Michelade par la première étude complète et approfondie de cet évènement. Dans un récit rigoureux et presque littéraire des faits (par la qualité de la narration), l’historien met en scène la Nîmes du XVIe siècle, son climat et ses structures, ainsi que l’enchainement des faits.

    Puis, prenant de la distance, il tente de comprendre les ressorts de l’affaire. Evaluant la pertinence des sources, leurs lacunes aussi, il replace la Michelade dans l’ensemble des violences de Religion. Il en ressort une analyse fine des spécificités de cette tuerie, dont les mobiles restent opaques et donnent lieu à plusieurs hypothèses localisées : du fait divers aux rivalités familiales et confessionnelles. 

    Mais l’auteur élargit la focale et détermine un certain nombre de paramètres globaux (iconoclasme, identité protestante récente et fragile, violences endémiques, « militarisation » de la société…) ; parmi eux, il pointe le rôle ambigu du Consistoire, qui impose par sa volonté de changement « une quasi-révolution culturelle » à partir du printemps 1561 (p.118). Institution religieuse (il est à la fois un tribunal des mœurs et une instance qui organise la charité) à forte influence idéologique et politique, le Consistoire « vise à faire de la cité une nouvelle « Genève » languedocienne et du Nîmois […] un homme nouveau. » 

    Cette imbrication entre pouvoir temporaire et pouvoir spirituel, auquel s’ajoute le statut de religion majoritaire, conduit presque mécaniquement aux pires intolérances.

    On conçoit ainsi tout l'intérêt de cette enquête rondement menée, et publiée chez l'excellent éditeur Alcide (dont on peut apprécier ici le nouveau site). 

    Jean-Paul Chabrol, La Michelade, un crime de religion, Alcide, 2013, 12€

  • Revue de presse : Au fond de l'abîme dans Réforme et sur R.G.O.

    Le très émouvant journal du pasteur Manen lors de son passage au Camp des Milles, a eu droit à un entrefilet dans le Midi Libre et à une présentation magistrale dans Réforme, que nous vous reproduisons ici. L'entretien avec Philippe Joutard (qui l'a édité) est comme toujours d'une passionnante limpidité.

    Cliquez dessus pour agrandir:

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    A écouter aussi : la présentation que Franck Belloir en a fait cet automne sur R.G.O.

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  • La foi chrétienne et les défis du monde contemporain

    9782755001945.jpgLa collection OR des éditions Excelsis brille au sommet de la production protestante et évangélique. Chaque année, elle nous gratifie d'un manuel de référence, soigné, original et complémentaire des autres titres de la série.

    Cet automne, c'est un Dictionnaire d'apologétique, dirigé par Christophe Paya et Nicolas Farelly, qui vient l'enrichir. Les articles cherchent à rendre compte de la foi biblique dans la perspective des grands enjeux contemporains : culturels (les chrétiens et l'art, etc...), éthiques (le corps, la famille, la sexualité...), scientifiques (critique textuelle, bioéthique, etc...) ou philosophiques et religieux (le mal, la vérité, l'islam).

    L'ouvrage n'échappe pas aux lois du genre, d'excellents articles en côtoient de moins convaincants. Il s'agit néanmoins d'une mine de renseignements sur la pensée évangélique d'aujourd'hui, avec ses forces - des fondements théologiques et éthiques solides - et ses faiblesse - notamment dans ses rapports trop dociles avec la culture, qui nourrissent une ambiguïté entre l'Eglise et le monde.

    Voilà donc un incontournable à acquérir promptement. Une belle et utile idée cadeau pour les fêtes!

    Voir aussi : la liste des articles et leurs auteurs respectifs.

    Voir aussi : la présentation sur le blog de Matthieur Richelle.

    Voir aussi : la présentation sur le blog de Christophe Paya.

  • Très prochainement : La Sagesse des Proverbes au quotidien

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    Une bonne nouvelle en perspective chez vos libraires! Il s'agit de la parution d'un recueil de méditations quotidiennes consacré aux Proverbes.

    Il vous est possible d'en avoir un aperçu en cliquant sur l'image ci-dessous, et même de lire des extraits en ligne: 

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    Pour toute commande (libraires ou particuliers), la livraison est prévue autour du 26 décembre à la Librairie Jean Calvin (Alès). Pour toute commande avant cette date la réception chez vous pourra se faire avant l'année 2014 !* 

    * hors problèmes éventuels liés aux conditions climatiques et/ou de logistique de nos transporteurs. 

  • "Les bourgeois, c'est comme..."

    jacques ellul,métamorphose du bourgois,sociologie,philosophie,éthique protestante,marxisme…vous et moi. La bourgeoisie, d’abord classe sociale issue des affaires, a fini par léguer ses valeurs à l’ensemble de la société. Donc à vous et moi. Nous sommes tous des bourgeois. Jacques Ellul nous dit que l’idéal bourgeois par excellence est le bonheur : la quête du bonheur, le « droit » au bonheur inscrit dans la constitution américaine, les Lumières, tout ça, ben c’est du pur bourgeois.

             On aurait voulu la circonscrire à la propriété privée, à la possession des capitaux… C’eût été si commode ! Mais son idéologie, bien plus complexe, a pénétré même ses plus ardents détracteurs. Moins on veut l’être plus on l’est, comme dans la chanson de Brel.

             Alors, qui est le bourgeois ? 

             Le bourgeois est multiforme ; il est d’abord une affaire de représentations. Il se représente lui-même à la conquête du monde, industrieux, athée démystificateur (le bourgeois, contrairement à ce qu’on pense, ne croit pas en Dieu, il l’utilise), innovant, optimiste et scientifique ; il est le bourgeois des artistes, ridicule, médiocre, snob, cocu ; ou le bourgeois des prolétaires, vautour exploiteur ou celui des intellectuels : un Salaud à la conscience fausse, une élite pleine de bons sentiments et championne des œuvres philanthropiques. Mais de quelque manière qu’on les peigne, dans leurs évolutions et leurs contradictions, ses visages recouvrent un « être bourgeois » que Jacques Ellul analyse avec cette verve qu’on aime tant.

            Parmi les invariants de l’être bourgeois, n’allez pas chercher l’argent.

            Non, le bourgeois a pour dogme le bonheur, défini comme bien-être ; c’est à cela que tendent toutes les causes secondes : biens, religion, action (industrie, travail), culture…

         Mais une telle quête de confort appelle des justifications ; le bourgeois, typiquement, ne supporte pas l’image qu’il se renvoie de lui-même ; ainsi, la raison sociale (-iste) émerge non comme contestation, mais comme caution : la gauche est la bonne conscience de la bourgeoisie.  Il n’y a pas plus optimiste, charitable et progressiste que le bourgeois.

             La justification de son idéal culmine dans son incroyable force de récupération. Le génie de la bourgeoisie digère, absorbe et castre ceux qui prétendent s’y opposer ; il convertit ce qui le subvertit :

     « Il s’agit par des mutations imperceptibles de convertir en argent, en honneurs, en considération la vie de ces témoins, de ces créateurs » (p.129).

    Le panthéon des maudits ne lui fait pas peur, ils finissent toujours par servir, morts ou vifs, la même cause du bien-être : la culture pour tous remplit cette fonction. Elle est l’art de désamorcer les bombes. Et ce qui nous intéresse au premier chef, c’est que si le bourgeois annexe les artistes, il annexe aussi les chrétiens, en changeant la foi en morale.

            Sans craindre les généralités, avec une analyse audacieuse et parfois jouissive (faire de la gauche l’accomplissement de la morale bourgeoise !), Ellul nous montre aussi combien le christianisme est investi, voire complice de son esprit, au risque de perdre ce qui fait son sel.  Dans l’être bourgeois, la foi sert le confort moral des individus : il n’y a plus de place pour le scandale, celui de la croix et celui des incompréhensions propres à la vie chrétienne. 

             Métamorphose du bourgeois donne du recul par rapport aux réflexes mentaux que nous avons tous, parce que nous baignons dans ce jus. Céline disait que les prolétaires étaient des bourgeois qui n’avaient pas réussi. La mentalité bourgeoise n’est pas une affaire de classe sociale ; elle est la haine du scandale, de ce qui fait grincer un bonheur horizontal et vécu pour la terre. 

  • Hymnologie méthodiste : un chapitre à découvrir

    8624.jpgA l'occasion de la journée d'études de la SEMF (détails ici), petit clin d'oeil à Wesley dans un livre où à priori on ne l'attendait pas. Le Christ des lumières, de Bernard Cottret, consacre un chapitre passionnant à la « sainte scène musicale » du XVIIIe s.

    « L’assemblée méthodiste est une assemblée qui chante… » écrit-il. Loin d’être une tautologie, cette affirmation replace en perspective un élément décisif de l’expansion du méthodisme : le chant. Il est possible d’affirmer qu’ « ils furent, au moins autant que les sermons, et sans doute davantage, l’instrument privilégié de la prédication méthodiste, en s’adressant au cœur et à l’esprit des fidèles » (p.142). Or l’étude du méthodisme implique aussi la connaissance de sa théologie et de sa spiritualité, composantes essentielles de sa dynamique historique.       

             Concluant un superbe panorama passant par Bach et Haendel, l’hymnologie méthodiste y est analysée à la jonction de l’histoire et de la théologie. En grande partie forgée dans une réaction au « rationalisme d’Eglise » qui tend à enfermer le Christ dans l’humain Jésus, le méthodisme insiste sur le serviteur souffrant, une « mystique du sang » et la valeur expiatoire de son sacrifice. A la fois résolument orthodoxe et lyrique, collectif et personnel, le chant wesleyen contribue, auprès des populations défavorisées sous l’effet de l’industrialisation, à l’appropriation existentielle d’un Christ Dieu et Sauveur.

    A lire pour en savoir plus : Bernard Cottret, Le Christ des Lumières, Jésus de Newton à Voltaire, « La sainte scène musicale », Paris, Cerf/CNRS, 2011, pp 119-150, 8€

    Ecouter : le dialogue de Bernard Cottret et Franck Belloir au sujet du livre.

     

  • Un pasteur au Camp des Milles : "Au fond de l'abîme"

    A ne pas manquer, la parution d' "Au fond de l'abîme", Journal du Camp des Milles, du pasteur Henri Manen : 

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    A lire aussi, la recension très complète du galeriste-libraire d'Aix-en-Provence, Alain Paire.

    A voir et à fouiller : le site du Camp des Milles.

  • "Le Réveil des coeurs" : un frère morave aux temps du Désert

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    Le mois d'octobre se voit illuminé par une parution exceptionnelle :

    Le Réveil des coeurs, Journal de voyages du frère morave Fries (1761-1762).

    Alors que le protestantisme français vit dans la clandestinité, amoindri par les persécutions (la France est en pleine "Affaire Calas") et déjà menacé par le moralisme des Lumières, un frère morave parcourt le territoire, visite les "églises sous la Croix" et s'enquiert de leur piété.

    Ce document incroyable est son récit de voyage, dont l'intérêt recouvre de multiples aspects.

    D'abord, il nous donne un regard, non sur l'histoire, mais sur la vie spirituelle du protestantisme au Désert : pratique de la foi, cultes clandestins, débats théologique, personnalités qu'il rencontre et qui ont oeuvré à la restauration des églises persécutées: Paul Rabaut, les frères Gibert,...

    "Ignoré par la recherche pendant deux siècles et demi!", il éclaire et documente la genèse du Réveil, facilement limité au XIXe siècle; comme le note le préfacier Jean-Paul Chabrol: "Les émissaires moraves ont été incontestablement des Revivalistes qui ont préparé le terrain aux "évangéliques" anglo-saxons et suisses du siècle suivant".

    Enfin, il dresse le portrait d'un évangéliste, de ses épreuves, de sa piété et de son obstination, mue par le désir de convertir les "coeurs morts" du protestantisme ; il rencontrera autant d'aide et de bienveillance (comme celle de Paul Rabaut) que d'hostilité de la part des pasteurs et des consistoires - par exemple ceux formés au Séminaire de Lausanne et de plus en plus influencés par le libéralisme théologique.

    La couronne en est une substantielle introduction, qui resitue le contexte et nous donne une synthèse à nouveaux frais del'histoire des moraves et de leur influence en France; confrérie assez mal connue sous nos latitudes, elle n'en a pas moins été d'un puissant secours pour le "réveil des coeurs".

    A lire à lire à lire!

    Le Réveil des coeurs, journal de voyage du frère morave Fries (1761-1762), texte présenté et annoté par Dieter Gembicki et Heidi Gembicki-Achtnich, préface de Jean-Paul Chabrol, cartes de Jacques Mauduy, Le Croît-Vif, 2013

  • Jacques Ellul, le Vouloir et le Faire

    jacques ellul,éthique,éthique chrétienne,karl barth,paul ricoeur,dietrich bonhoeffer,morale,moralisme,droit naturel,frédéric rognon,denis müller,doctrine du saint-espritLes éditions Labor et Fides ré-éditent un introuvable de choix, Le Vouloir et le Faire, Une critique théologique de la morale, de Jacques Ellul.

    Cet essai correspond au coeur de sa réflexion éthique, et pose la question du Bien, de la (bonne) morale et de la spécificité de l'éthique chrétienne. Est-elle vraiment possible?

    On connaît les dilemmes profonds qui résultent de la position du chrétien, "dans le monde", mais "sans en être", rendant parfois ses choix et ses orientations concrètement difficiles.

    En opposant la "morale naturelle" des hommes déchus et le moralisme chrétien avec le Bien ("bien faire" ne veut rien dire car le Bien est en Dieu, et qu'il est l'expression de sa volonté bonne pour nous), Jacques Ellul cherche à remettre à l'honneur une éthique "inspirée", dirigée par la communion que la foi nous donne avec le Saint-Esprit. 

    Tout cela semble bien prometteur, avec réserve de voir comment Ellul s'en tire pour concilier son "universalisme" avec les exigences de la sanctification (ai vu qu'il citait Jean Cruvellier, La sanctification dans le mouvement de Keswick, ce qui m'a décidé à le lire sur le champ), et s'il évite l'écueil de l'individualisme.

    Edition et préface de Frédéric Rognon et Denis Müller.