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Ethique et société - Page 4

  • "Les bourgeois, c'est comme..."

    jacques ellul,métamorphose du bourgois,sociologie,philosophie,éthique protestante,marxisme…vous et moi. La bourgeoisie, d’abord classe sociale issue des affaires, a fini par léguer ses valeurs à l’ensemble de la société. Donc à vous et moi. Nous sommes tous des bourgeois. Jacques Ellul nous dit que l’idéal bourgeois par excellence est le bonheur : la quête du bonheur, le « droit » au bonheur inscrit dans la constitution américaine, les Lumières, tout ça, ben c’est du pur bourgeois.

             On aurait voulu la circonscrire à la propriété privée, à la possession des capitaux… C’eût été si commode ! Mais son idéologie, bien plus complexe, a pénétré même ses plus ardents détracteurs. Moins on veut l’être plus on l’est, comme dans la chanson de Brel.

             Alors, qui est le bourgeois ? 

             Le bourgeois est multiforme ; il est d’abord une affaire de représentations. Il se représente lui-même à la conquête du monde, industrieux, athée démystificateur (le bourgeois, contrairement à ce qu’on pense, ne croit pas en Dieu, il l’utilise), innovant, optimiste et scientifique ; il est le bourgeois des artistes, ridicule, médiocre, snob, cocu ; ou le bourgeois des prolétaires, vautour exploiteur ou celui des intellectuels : un Salaud à la conscience fausse, une élite pleine de bons sentiments et championne des œuvres philanthropiques. Mais de quelque manière qu’on les peigne, dans leurs évolutions et leurs contradictions, ses visages recouvrent un « être bourgeois » que Jacques Ellul analyse avec cette verve qu’on aime tant.

            Parmi les invariants de l’être bourgeois, n’allez pas chercher l’argent.

            Non, le bourgeois a pour dogme le bonheur, défini comme bien-être ; c’est à cela que tendent toutes les causes secondes : biens, religion, action (industrie, travail), culture…

         Mais une telle quête de confort appelle des justifications ; le bourgeois, typiquement, ne supporte pas l’image qu’il se renvoie de lui-même ; ainsi, la raison sociale (-iste) émerge non comme contestation, mais comme caution : la gauche est la bonne conscience de la bourgeoisie.  Il n’y a pas plus optimiste, charitable et progressiste que le bourgeois.

             La justification de son idéal culmine dans son incroyable force de récupération. Le génie de la bourgeoisie digère, absorbe et castre ceux qui prétendent s’y opposer ; il convertit ce qui le subvertit :

     « Il s’agit par des mutations imperceptibles de convertir en argent, en honneurs, en considération la vie de ces témoins, de ces créateurs » (p.129).

    Le panthéon des maudits ne lui fait pas peur, ils finissent toujours par servir, morts ou vifs, la même cause du bien-être : la culture pour tous remplit cette fonction. Elle est l’art de désamorcer les bombes. Et ce qui nous intéresse au premier chef, c’est que si le bourgeois annexe les artistes, il annexe aussi les chrétiens, en changeant la foi en morale.

            Sans craindre les généralités, avec une analyse audacieuse et parfois jouissive (faire de la gauche l’accomplissement de la morale bourgeoise !), Ellul nous montre aussi combien le christianisme est investi, voire complice de son esprit, au risque de perdre ce qui fait son sel.  Dans l’être bourgeois, la foi sert le confort moral des individus : il n’y a plus de place pour le scandale, celui de la croix et celui des incompréhensions propres à la vie chrétienne. 

             Métamorphose du bourgeois donne du recul par rapport aux réflexes mentaux que nous avons tous, parce que nous baignons dans ce jus. Céline disait que les prolétaires étaient des bourgeois qui n’avaient pas réussi. La mentalité bourgeoise n’est pas une affaire de classe sociale ; elle est la haine du scandale, de ce qui fait grincer un bonheur horizontal et vécu pour la terre. 

  • Jacques Ellul, le Vouloir et le Faire

    jacques ellul,éthique,éthique chrétienne,karl barth,paul ricoeur,dietrich bonhoeffer,morale,moralisme,droit naturel,frédéric rognon,denis müller,doctrine du saint-espritLes éditions Labor et Fides ré-éditent un introuvable de choix, Le Vouloir et le Faire, Une critique théologique de la morale, de Jacques Ellul.

    Cet essai correspond au coeur de sa réflexion éthique, et pose la question du Bien, de la (bonne) morale et de la spécificité de l'éthique chrétienne. Est-elle vraiment possible?

    On connaît les dilemmes profonds qui résultent de la position du chrétien, "dans le monde", mais "sans en être", rendant parfois ses choix et ses orientations concrètement difficiles.

    En opposant la "morale naturelle" des hommes déchus et le moralisme chrétien avec le Bien ("bien faire" ne veut rien dire car le Bien est en Dieu, et qu'il est l'expression de sa volonté bonne pour nous), Jacques Ellul cherche à remettre à l'honneur une éthique "inspirée", dirigée par la communion que la foi nous donne avec le Saint-Esprit. 

    Tout cela semble bien prometteur, avec réserve de voir comment Ellul s'en tire pour concilier son "universalisme" avec les exigences de la sanctification (ai vu qu'il citait Jean Cruvellier, La sanctification dans le mouvement de Keswick, ce qui m'a décidé à le lire sur le champ), et s'il évite l'écueil de l'individualisme.

    Edition et préface de Frédéric Rognon et Denis Müller.

  • Présence de l'espoir

    11706.jpgDans le foisonnement des essais, ceux de Catherine Chalier se distinguent par une philosophie enracinée dans la tradition juive.

    Transmettre de génération en génération, méditation assez incroyable et  originale sur l'acte de transmettre et d'éduquer (malheureusement épuisé), est un de ces textes qu'il faut avoir lu. La réflexion sérieuse et féconde a tout à gagner d'un tel retour à la source biblique, et les instructions sont nombreuses qui peuvent être appliquées à la foi.

    Présence de l'espoir, son dernier livre, est de la même trempe. Comme nous n'avons encore navigué qu'à la surface de ces grandes eaux, difficile de vous en résumer les enjeux, le propos et la portée.

    Il n'empêche que sa définition de l'espoir, en contradiction avec le nihilisme ambiant, mérite tout notre intérêt. Qu'est-ce que l'espoir? Fait-il partie de ces illusions vides de sens qu'une philosophie lucide doit déconstruire? En quoi diffère-t-il de l'espérance? Que nous dit-il de nos aspirations les plus profondes? 

    En s'approchant au plus près de l'espérance chrétienne, tout en demeurant comme au seuil, le livre nous oblige à reprendre et à approfondir la promesse qu'incarne pour nous Jésus-Christ, le Messie.

    Catherine Chalier était aussi l'invitée de Victor Malka dans Maison d'études (France Culture):

  • Vivre avec la mort (?)

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    Le titre dérange. Cela sent la provocation. Vivre avec la mort, qu'est-ce à dire?

    Présentation du dernier-né de l'excellente collection "Eclairages":

    Lire la suite...

    Voir aussi : le site l'auteur, Lydia Jaeger.

  • L'athéisme est mort

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    Nous vous faisions récemment part du livre très intéressant de Philippe NEMO, La belle mort de l'athéisme moderne, paru aux PUF. 

    Yannick Imbert, professeur d'apologétique à la Faculté Jean Calvin d'Aix-en-Provence, en a fait une recension détaillée que l'on peut lire ici : 

    Lire la recension.

    Voir aussi sur le blog : La belle mort de l'athéisme moderne.

  • "Je suis sincère avec moi-même"...

    11596.jpg...et autres lieux communs disséqués par Jacques Ellul

    Un micro "dictionnaire des idées reçues", aux frais de la bien-pensance post soixante-huitarde : "Je suis sincère avec moi-même", "Cultivez votre personnalité"...

    Avec un humour sévère, le philosophe cherche à savoir comment les constructions philosophiques se dégradent en slogans creux, jusqu'à devenir l'opium de l'homme de la rue. 

    De la liberté à l'individualisme, de la technique à la publicité, Ellul nous en dit long sur les idées courtes et sur ces évidences qui imprègnent, sans qu'on y fasse attention, notre mentalité. Un nettoyage à sec pour 2€!

    Ceux à qui l'opuscule aura plu pourront lire Exégèse des nouveaux lieux communs, avec en prime un intolérable article sur les vertus de la femme au foyer... 

  • Complot mondial et nouvelles judéophobies

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    Le malheur veut que les actes et propos antijuifs connaissent une recrudescence. Voir aussi ici.

    7834.jpgSous de nouvelles formes, une vieille haine des juifs perdure, que Pierre-André Taguieff (auteur à découvrir), s'est attaché à étudier. Parmi elles, le mythe du complot mondial.

    Dans ce petit livre, qui se veut une synthèse de ses recherches approfondies sur plusieurs dizaines d'années, Taguieff décortique les ressorts imaginaires, sociaux, historiques et psychologiques à la source de ces théories.

    Le mythe du complot mondial désigne à la fois une explication simpliste et un bouc émissaire contre les malheurs du temps, explication qui ne peut être ni infirmée ni confirmée, car elle ne repose sur rien de tangible.

    Au contraire, elle fait son lit dans un imaginaire ésotérique, qui est un système de pensée fondé sur l'analogie, les correspondances, et la certitude que la vérité est occulte, c'est-à-dire cachée derrière les apparences ou les discours officiels. Ainsi, elle suppute que le monde est gouverné et mené de manière intentionnelle à sa ruine par les Juifs.

    Car le complot est toujours judéo-quelque chose : judéo-maçonnique, judéo-bolchévique, américano-sioniste et j'en passe et fait florès dans les discours "alternatifs" ou extrême gauche.

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    Cette interprétation satisfait les psychologies paranoïaques et rigides, formées au goût du mystère, de l'invisible, et de l'initiation ; elle est aussi fermée que peut l'être le rationalisme, dont elle est comme l'ombre portée. Elle est la chair de fictions comme le Da Vinci Code et trouve un relai puissant dans le bazar d'internet. 

    Alors pour prendre un peu de recul et au nom des "affinités électives" qui unissent les protestants aux juifs, nous vous conseillons vivement cette lecture salutaire, intelligente et courageuse. Car Pierre-André Taguieff ne s'est pas fait que des amis.

  • La belle mort de l'athéisme moderne

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    « L’athéisme est mort […] parce qu’il n’a pas tenu ses promesses et n’a pas établi que l’homme est moins misérable sans Dieu qu’avec Dieu. » 

    Philippe NEMO

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    Ce que confirme ce petit montage de Canal +:

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    Source : NotreEglise.com.