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Le voleur de paradis

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Bernardin de Sienne, pour la première fois, attribue au brigand repentant, le titre de voleur de Paradis. Celui, comme affirme l’auteur, qui boycotte le Purgatoire et qui, du coup, défie l’équilibre de l’édifice théologique savamment élaboré par le catholicisme du Moyen-âge à nos jours ! Le livre de Madame Klapisch-Zuber, disons le tout de suite, est une histoire totale dans la droite lignée des fondateurs de l’École des Annales...

On retrouve ici les motifs économiques et  sociaux explorés avec minutie, mais on se réjouira aussi d’y trouver l’étude des mentalités chère à Lucien Febvre avec des approches de psychologie historique sans que soit négligée l’anthropologie précieuse aux yeux de Marc Bloch. Et puis, on appréciera l’étude de la spiritualité passée au crible de la théologie, de la géographie chère à Braudel. 

 

L’exploration structurée en quatre grande partie commence avec le va et vient de L’Orient à l’Occident, où l’auteur nous montre comme l’Orient a transmis un vaste corpus théologique et « un bagage iconographique ». Ni le Christ, ni le bon larron, appelé aussi Dismas, n’apparaissent souffrant dans les représentations mais très vite les artistes distinguent le bon du mauvais larron. De son côté l’Occident, marqué par l’évolution de la spiritualité et de la sensibilité, offre une image neuve. L’évolution de la justice à la fin du Moyen âge va transformer les représentations nous dit l’auteur dans sa seconde partie, le grand spectacle des larrons. On y découvre un Bon Larron mis au service des entreprises charitables auprès des condamnés envoyés à la mort car celui-ci offre la dernière chance du repentir et de se convertir. Aiucœur de la dévotion moderne, qui cherche l’imitation de Jésus-Christ, le Bon larron fournit aussi l’exemple d’une mort comme il faut : dans la repentance et la foi ! Finalement, peu à peu, le brigand repentant est montré par le peintre dans son humanité souffrante. La troisième partie nous offre le spectacle donc de deux larrons qui après 1300 s’abreuvent de dolorisme et l’auteur de nous entraîner dans une exploration remarquablement fine des œuvres du Moyen âge pour nous en décrypter toute la dimension symbolique. Finalement la quatrième partie nous guide sur le chemin de l’autonomie du bon brigand dont la représentation confrontée à la Réforme l’élève au rang de médiateur. De l’image du repentant dépendant, le catholicisme réformateur fait du brigand un nouveau saint pour mieux lutter contre la réforme.

 

Au terme de ce parcours, on ne peut qu’être étonné de la maitrise parfaite de tous les éléments d’une histoire au croisement de la religion, du social, de la foi, de l’économie, de la piété, de l’art, de l’imaginaire, de la représentation. Une somme que l’auteur contrôle et organise pour nous afin de mieux comprendre une iconographie médiévale qui, bien souvent, nous échappe. Mais ce livre permet aussi de saisir le retournement d’une figure qui alors que le peuple se l’était approprié pour lutter contre une théologie éloignée du message simple de l’Évangile, les autorités ecclésiales l’ont capturée et digérée pour la réinsérer dans un édifice théologique toujours plus subtil et complexe à l’image de l’art baroque et contre-réformateur !

 

FB

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