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Réenchanter la nation : à propos de Géopolitique de la nation

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« Il faut cultiver son jardin » pourrait être l’autre titre de cet ouvrage. Preuve encore que celui qui rend compte ne peut pas s’empêcher de penser autrement le livre qu’il vient de lire et dont il doit « parler ».

 

Et pourtant …Rien de plus vrai pour ce petit livre de Frédéric Encel et Yves Lacoste qui n’ont pas ménagé leurs efforts pour « réenchanter » la nation.

Capture d’écran 2017-02-08 à 17.45.59.pngUn terme qui, rappellent-ils avec force, est profondément inclusif et fraternel car il ne peut et ne doit se confondre avec nationalisme. Les définitions du terme posées au début de l’ouvrage donnent le ton avant que dans un premier chapitre Yves Lacoste signifie que la mondialisation c’est aussi des rapports de forces géopolitiques dont une des implications majeures est la gestion des migrations postcoloniales qui s’imposent à la France comme ancienne puissance coloniale. Ils rappellent que les migrants n’ont pas été livrés à leur sort mais accueillis dans des grands ensembles modernes que la loi du regroupement familial de VGE allait développer en grand ensemble de banlieue.

 

Quand Frédéric Encel prend la plume c’est pour décrire alors un pays, une terre, une langue, une géographie, une bigarrure qu’il a aimé et qu’il continue d’aimer alors que les groupes islamistes radicaux la menacent car ils la détestent dans son essence même. Et de soutenir que le danger le plus pernicieux vient de tous ceux qui par complaisance relativisent le danger. Ces « idiots-utiles », selon l’expression de Lénine, sont ceux que nos ennemis instrumentalisent pour parvenir à leurs fins ! Cet islamo-gauchisme se situe ; je cite : « entre la haine de soi, un dogmatisme marxisant éculé, et le lucratif lobbying en faveur de l’Arabie saoudite et du Qatar. » C’est que la gauche a abandonné la nation, celle de Valmy, alors qu’elle était son héritage et qu’elle s’est trouvée un nouveau prolétariat : une classe ethnique et religieuse c’est-à-dire les musulmans. Pour Frédéric Encel, le thème de l’islamophobie ne sert que les partis extrêmes et provoque une déstabilisation générale du pays.

 

Or l’analyse impose de revenir « au cœur du trouble » selon les mots d’Yves Lacoste généré par le déséquilibre de l’immigration postcoloniale. Il nous est ainsi rappelé que les premières émeutes eurent lieu en 1981 à Lyon et les premiers attentats en 1995  qui sonnent comme une répercussion de la guerre civile algérienne qui sévit depuis 1992.  Afghanistan, Koweït, Fils Algérien autant d’ingrédients qui déclenchent, affirme l’auteur, une véritable guerre qui ont bien quelque chose à voir avec l’Islam même si des personnalités françaises disent l’inverse. Yves Lacoste insiste : même le géographe musulman du Moyen âge, Ibn Khaldoun, nous apprend que l’ « État islamique » cherche à provoquer la guerre civile.

 

Dans le chapitre qui suit, « l’islamisme contre la nation », Frédéric Encel relève les ressorts de la haine des islamistes contre la nation. Les raisons sont multiples : contre la révolution, les femmes, les juifs, le plaisir et la nation car pour les frères musulmans cette idée s’oppose à la seule communauté qui tienne : l’ouma qui réunit tous les musulmans. Yves Lacoste analyse l’ampleur des questions migratoires dont les nouvelles dimensions obligent la France à penser la question géopolitique en interne ? Une telle complexité invite à retracer l’histoire particulière de chaque phénomène pour le traiter à la racine car, nous rappelle t-il dans un autre chapitre, la conquête de l’Algérie et ses suites reste un cas tout à fait exceptionnel.

 

Or l’analyse caricaturale de la situation par une certaine partie de la classe politique française ne peut qu’éloigner des solutions les plus efficaces. Car ni l’antiaméricanisme, la lutte contre le sionisme ou l’accusation d’un néocolonialisme ne serviront la cause d’une paix durable. Non plus d’ailleurs que des alternatives à la nation dit Frédéric Encel ;  quelles soient tribales, claniques, régionales ou, au contraire, supranationales sur le mode politique ou confessionnel.

 

Réfléchir au destin de la nation pour Yves Lacoste ; en parlant de la nation, en apprenant l’histoire autrement, en favorisant l’apprentissage de l’arabe qui permettrait à la seconde et troisième génération des immigrés d’être des relais, un peu à la manière de la diaspora huguenote, entre deux cultures et  de s’intégrer en République : voilà des pistes. Car là se trouve un des points de stabilité, affirme Frédéric Encel, de la nation. Le divorce définitif de la France avec la royauté assure donc l’avenir dans une République nationale et une nation républicaine. Celle-ci s’est construite dans une succession de rivalités de pouvoirs sur les territoires de notre espace : tension entre pouvoir et église, entre bourgeoisie et noblesse. À l’heure des tensions sociales, d’une situation géopolitique dangereuse et de l’obsession islamiste, il reste à faire aimer la France : sa langue, ses vins, sa culture. Il reste à défendre nos valeurs ! Aux yeux de Frédéric Encel, l’école doit reprendre sa place, l’histoire apaiser la mauvaise conscience. Cela suffira t-il ? Certainement pas ! Il faudra ajouter « surveiller et punir » les extrémistes, restaurer la conscription ou mettre en place une garde nationale.

 

 Géopolitique de la Nation France, vous l’avez compris, se lit bien, se lit vite. Pensée déroulée avec aisance ; arguments efficaces, clairs et rapides qui donnent à l’ouvrage une tonalité agréable qui en ferait presque un livre de détente si le sujet n’était pas aussi sérieux.

 

Géopolitique de la Nation France se lit de gauche à droite et de droite à gauche. À rebours du discours politiquement correct, les deux auteurs ne mâchent pas leur mot pour avertir du danger qui guette une France, et un Occident au final, très affaibli.

 

Géopolitique de la Nation France se lit en éveil car les attaques au vitriol contre une classe intellectuelle largement « enfumée » scandent les chapitres et maintiennent le lecteur en tension permanente. Comme pour mieux lui rappeler l’urgence de la situation, l’urgence d’un discours vrai.

 

Merci à Frédéric Encel et Yves Lacoste pour ce livre courageux ; courage, au fond, qui a été, en d’autres temps, la vraie marque des intellectuels, n’est-ce pas ?

 

FB

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