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Ferdinand Buisson, père de l'école laïque

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Buisson. L'évocation simple de ce nom devrait, pour l'auditeur, rimer immédiatement avec deux fondements majeurs de la République française: la laïcité et l'école. Or il n'en est rien! buisson est un oublié. Il est tombé dans une sorte de purgatoire, nous dit l'auteur, et d'ajouter que cela est peut-être le résultat de ce nom même, dans sa "banalité végétale".

 

Plus sérieusement, ce livre découpé en six chapitres nous offre le portrait cohérent de l'un des hommes les plus importants de l'histoire française contemporaine.

Le résultat n'avait rien d'acquis, quand on connait les multiples facettes du personnage, qui unit les paradoxes, voire les contraires.

 

Le premier chapitre ouvre la porte de la fabrique d'un homme. Sa vie débute avec le protestantisme, et pas n'importe lequel, puisqu'il s'agit des mouvements de Réveil qui touchent sa mère, convertie, et sa femme, fille de pasteur revivaliste. Lui, évolue d'abord dans ces milieux, avant de s'en détourner pour le libéralisme, comme l'illustre l'amitié qu'il noue en exil avec James Guillaume. D'ailleurs, l'exil à Neuchâtel, imposé par son combat contre Napoléon, lui sert de laboratoire pour s'affranchir et affirmer sa lutte pour la République de Quinet qui lui sert de mentor. Façonné par lui, il ne peut que voir, dans la pédagogie et l'instruction, deux fondements essentiels de la République. C'est là aussi, que dans une conférence de 1868, donnée à Neuchâtel, il pose les bases d'une réforme de l'instruction primaire.

 

A son retour en France, il est très vite confronté aux besoins éducatifs et fait ses premiers pas dans le Paris de la Commune. Les obstacles sont nombreux, mais il ne renonce pas et les opposants lui permettent d'obtenir des missions à l'étranger, qui lui permettront - Patrick Cabanel le souligne bien - d'acquérir une vaste connaissance théorique et pratique avant de s'essayer en France. Il n'a pas cherché les sommets, mais ce livre rappelle l'objectif majeur de Buisson: faire oeuvre utile d'instruction à la base et au quotidien. Il ne craint pas le travail laborieux, comme l'illustre l'énorme chantier qu'il ouvre avec son Dictionnaire de pédagogie.

 

Ce dictionnaire, Patrick l'appelle dans ce chapitre 3 "Le Buisson". Pierre Nora évoque même, au sujet de l'ouvrage, une "cathédrale de l'école primaire", en faisant, tout simplement d'ailleurs, une de ces "lieux de mémoire" de la République, au même titre que les Larousse ou Lavisse. Patrick Cabanel choisit lui d'évoquer la "masse granit" de la laïcité française, comme pour affirmer l'évidence : la force incontournable de cet adjectif qualifiant la République. Partant de la mise en perspective de l'immense travail éditorial que représente ce monument, l'auteur nous entraîne ensuite, dans le fond du travail, pour en révéler la force encyclopédique, mais aussi le Dieu qu'il contient. Celui-ci est protestant, tant par le nombre des articles traités que par l'appartenance religieuse de ses auteurs. Un protestantisme de teinte libérale, qui nourrit la construction laïque française. Dans le Nouveau Dictionnaire publié en 1911, la sociologie fait son entrée et oriente l'ensemble vers plus de socialisme et de moralisme.

 

A ce point du compte-rendu, on prend conscience de cette figure majeure de la IIIe République qui fait intituler le ch.4 : "Le moment Buisson". Car désormais, aux côtés de Ferry - et voulu par lui -, il devient l'homme d'une véritable révolution culturelle. Dix-sept années à la tête du ministère font de lui la sève qui innerve bientôt tout la construction scolaire en France. Bien sûr, nous dit l'auteur, il sait s'entourer, mais sa marque est repérable, tant dans les lois scolaires qu'à l'Assemblée nationale ou dans ses conférences et inaugurations auxquelles il participe. Son chantier laïc l'occupe même en Algérie et en Tunisie, et il n'hésite pas à s'entourer de collaborateurs dont beaucoup sont issus du protestantisme, et qui répandent sa vision. Pourtant, il ne sera ni épargné par les haines, ni par les échecs. Mais peu importe, il trouve rapidement, dans son poste de professeur de pédagogie à la Sorbonne et dans sa fonction de député, un puissant moyen de transmission.

 

Sa lutte, pour une foi laïque qui triompherait en France, révèle l'ambition de son projet, ou de son utopie, nous dit Patrick Cabanel. Avec lui, tout est redéfini, et son dictionnaire n'y est pas pour rien, comme en témoignent ces entrées: "religion", "prière", "évangile"... Tout est relu et reconsidéré. La religion de Jésus est celle de l'amour, de la liberté et de l'infini que l'homme porte dans l'histoire. Aussi ne voit-il pas de contradiction à défendre une position de libre-penseur religieux. A la croisée des chemins, le Buisson découvert dans ce ch 5 est celui qui réunit christianisme et socialisme : un Buisson qui habille la morale laïque d'un évangile social!

 

A nouveau, le ch6 révèle un parcours "Buissonnant" qui couvre tous les combats d'avant-garde du début du siècle, même si le livre rappelle qu'il tarde à s'engager au moment de l'Affaire Dreyfus. Il se signale avant tout par son pacifisme, qui lui vaut d'obtenir le Prix Nobel de la paix en 1927.

 

Le travail de Patrick Cabanel éclaire ce personnage d'une grande richesse avec beaucoup de minutie et d'attention, en évitant de se laisser piéger dans des raccourcis simplificateurs. Cette étude fournie vient à point nommé pour dévoiler les soubassements d'une laïcité dont tout la plupart se réclame, sans vraiment la connaître. Mais Buisson, c'est plus encore, et là se trouve le mérite de ce livre qui ne cesse de nouer, autour de cette figure, les pensées majeures des siècles précédents: christianisme, socialisme, pédagogie et laïcité. 

 

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