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Josué, premier conquérant de la Terre Sainte

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Publiée en 2015 chez Tallandier, cette première biographie de Josué est, disons-le tout de suite, une oeuvre désormais incontournable. Pari réussi donc pour Stéphane Encel qui ne s'achoppe pas aux nombreux pièges qui le guettaient en s’attaquant à cette entreprise.

 

Capture d’écran 2016-02-03 à 14.27.41.pngDans sa première partie, l’auteur s’attache à montrer la jeunesse du serviteur Josué. Il rappelle, à juste titre, comment le futur conquérant de la Terre Sainte est d’abord le fidèle compagnon de Moïse qui vit dans son ombre. C’est donc naturellement que Stéphane Encel décrit ensuite un Josué continuateur de Moïse tant sur le plan juridique que sur le plan religieux. On comprend vite qu’avant d’être un chef de guerre, Josué, et cela a été souvent oublié, est celui qui prolonge et accomplit la réalisation de l’œuvre de la Thora en permettant les conditions idéales de son installation dans la Terre Promise. Continuateur encore car il prolonge la figure de conducteur acquise par Moïse. Il n’est donc pas d’abord un généralissime mais plus un berger qui prend soin de son troupeau en veillant au bon soin de tous. Ici la perspective canonique, adoptée par Stéphane Encel, dans le sillage de l’école de Childs, lui permet de donner toute sa dimension au texte biblique en lui évitant de se perdre dans d’interminables débats aussi inutiles que oiseux sur la critique textuelle. Comme le dirait Jacques Ellul, il « sait donner tout son sens au texte » et lui conférer pour son lecteur une actualité retentissante et personnelle. Si Josué n’est pas sans Moïse ; impossible aussi de penser l’œuvre complète du législateur sans Josué : avec les deux se lient la Loi et la Terre.

 

La seconde partie de l’ouvrage se plonge dans la conquête proprement dite. Les étapes sont restituées avec minutie et impartialité dans leur contexte historique, littéraire et exégétique. On suit avec beaucoup de bonheur le triomphe sur Jéricho, le terrible échec de la bataille d’Aï ou la ruse réussie des Gabaonites. Josué est désormais au premier plan comme l’atteste le franchissement du Jourdain qui sert d’épisode charnière entre le temps de Moïse et le temps de Josué. La réalité de cette conquête bien que largement contestée par certaines écoles archéologiques, tant sur la base de rapport de fouilles que de travaux exégétiques conserve sa pertinence pour l’auteur qui, encore une fois, se situe dans la perspective d’un Child et qui, par conséquent, donne priorité au texte. Ce qui n’empêche pas notre biographe, avec beaucoup de justesse, de discuter tel ou tel point historique sur l’armement utilisé, le type de combat ou la configuration socio-politique des cités états de Canaan. Il parvient à compléter, illustrer, ou critiquer sans tomber dans les débats abscons, car il choisit de conserver toute la force littéraire au texte biblique qui assume  alors pleinement son rôle de transmission d’un message vivant.

 

La répartition et l’installation dans l’héritage constituent la troisième partie de l’ouvrage. Il nous est rappelé comment chaque tribu reçoit sa part et les difficultés d’attribution de celles réservées aux tribus transjordaniennes. L’auteur n’évite pas non plus la difficulté des textes doubles sur le partage des terres. Il choisit, plutôt que tenter une harmonisation littéraire, le recours à des perspectives théologiques différentes qui justifient la répétition textuelle. Analyse qui nous semble parfaitement cohérente avec l’intention du rédacteur du livre de Josué  dans un premier temps et avec l’intention des rédacteurs de la Bible en général qui adoptent, avant tout, une perspective théologique quand d’autres veulent y chercher un synthèse historique, littéraire ou scientifique. Enfin, l’auteur nous rappelle la dimension privilégiée et unique de la terre en Israël qui échappe à la communauté et à l’individu car elle appartient à Dieu, ce qui lui confère une qualité sacrée et personnelle. Ce caractère unique de la terre juive explique une dimension fondamentale de la structure mentale du peuple de l’alliance dépositaire de cet héritage.

 

Dans une quatrième et ultime partie, l’auteur aborde Josué sous un angle nouveau en se penchant sur sa postérité tant dans la culture juive que chrétienne depuis les premiers siècles jusqu’à nos jours. On y découvre, avec étonnement, un personnage presque entièrement laissé de côté par la tradition rabbinique tant la question de la conquête et du statut des cananéens pose problème. La tradition chrétienne, nous rappelle Stéphane Encel, établit facilement une filiation en usant du nom car ce livre est le seul qui fasse référence à Jésus avant le Nouveau Testament. Il semble même être courant chez les chrétiens d’identifier désormais la Terre promise au Christ. Josué, au fil des siècles, reste, en fait, le serviteur modèle et le guerrier au point même de prendre place parmi les neuf preux du Moyen-âge. Enfin l’absence complète de Josué des textes coraniques révèle bien, nous dit Stéphane Encel, que la source d’inspiration du texte des musulmans fut surtout tirée des apocryphes. Pour terminer, l’auteur pointe l’usage récent du livre de Josué : Ben Gourion fait de Josué un des pères de la nation. Cette interprétation est très vite abandonnée car les fondateurs du sionisme avaient, dés le départ, une vision très pacifiste de l’installation en terre d’Israël. D’ailleurs, les intellectuels d’aujourd’hui nourris d’une forme de néomarcionisme considère le livre de Josué, à la suite d’un abbé Pierre ou d’un Prior, comme un livre génocidaire. Lectures moralisantes ou anachroniques, nous dit Encel, qui révèlent une lecture terriblement simpliste d’un texte complexe et dense.

 

Voici donc un livre précieux dont l’un des grands mérites est d’avoir redonné au texte de Josué toute sa place dans la révélation biblique et la construction de l’Alliance de Yahvé avec son peuple. Au fil des pages on découvre le souffle d’un texte richement élaboré et fort bien construit.

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